Joseph Joffo, un sac de conseils à la jeunesse

Lu par 25 millions de lecteurs et vu depuis la sortie ciné d’Un sac de billes par 1 million de spectacteurs, Joseph Joffo glisse ses conseils à la jeunesse :transmettre, aimer nos valeurs républicaines, être soudés entre frangins et emmerder les cons.
20/02/2017

 

Rencontre avec l’écrivain et Jonathan Allouche, le scénariste du film, un duo complice prêt au passage du flambeau.

 

Jonathan Allouche a biberonné les histoires de Joffo. L’écrivain rendait visite tous les ans à ses parents, des amis installés dans Sud de la France. « J’ai découvert la lecture à huit ans avec Un sac de billes » assure le jeune scénariste. Dix ans que Jonathan Allouche ne rêvait que d’une chose : transposer l’histoire de son « grand-père ashkénaze » à l’écran. « Passionné comme il l’était, il a fini par trouver un producteur » précise Joffo, ému et fier du travail du scénariste, son « petit-fils séfarade.»

 

Le best-seller autobiographique de Joffo avait connu une première adaptation cinématographique, réalisée par Jacques Doillon dans les années 70. Mais l’écrivain a toujours été mécontent et malheureux de la manière dont était présentée à l’écran son père, mais aussi le prêtre qui l’avait sauvé. L’erreur est désormais réparée : pour Joseph Joffo, ce film réhabilite l’honneur de ses proches.

 

Twenty : Nous sommes la dernière génération à pouvoir rencontrer des témoins de la période de l’Occupation, comme vous. Dans quelques années, il n’y aura que nous, les témoins des témoins. Quel sera notre rôle à ce moment là ? 

 

Joseph Joffo : Vous allez faire le maximum, j’en suis sûr, pour transmettre, expliquer à vos enfants, qui pourront plus tard, à leur tour eux aussi expliquer à leurs enfants. Désormais, vous avez ce film qui pourra vous aider.

 

Jonathan Allouche : L’histoire de Joseph et de la famille Joffo est une histoire vraie, cela se ressent si fort qu’elle traverse les époques. Elle est intergénérationnelle. Elle se racontera toujours en famille. 

 

(Jonathan Allouche, le scénariste d’Un sac de billes actuellement en salles, et Joseph Joffo, complices et émouvants. Crédit photo : Che Eduardo Lemiale.)

 

Twenty : Avons-nous des raisons d’être inquiet pour l’avenir ?  

 

Joseph Joffo : On pourrait désespérer de l’humanité quand on voit ce qu’il se passe actuellement. On ne fait rien pour ces enfants syriens, irakiens, ces hommes qui meurent tous les jours en mer. On pourrait désespérer de l’humanité, mais moi je veux y croire. Je veux croire qu’un jour tout ça rentrera dans l’ordre, et que les hommes deviendront un peu moins cons. 

 

Twenty : Notre défi sera d’être un peu moins con ? 

 

Joseph Joffo : Il faudra essayer !

 

Twenty : C’était quoi avoir 20 ans dans la France d’après-guerre ? 

 

Joseph Joffo : Merveilleux. Je travaillais avec mes frères, on tenait le salon de coiffure à la mode, tout Paris venait se faire coiffer chez nous. On était libre. On savait ce que signifiait enfin la liberté. Ma mère m’avait emmené lire devant le fronton de la mairie du 18ème ces trois mots magiques : « Liberté, Égalité, Fraternité. » Elle m’avait dit : « Tu vois ces trois mots là, ils n’existent nulle part ailleurs en Europe. » Elle nous a appris à aimer la France. 

 

Twenty : Vous pensez que nous, les jeunes d’aujourd’hui, on ne l’aime pas assez cette France ? 

 

Joseph Joffo : C’est une question que vous devez vous poser. En ce qui me concerne, j’ai toujours aimé la France. 

 

Twenty : Malgré tout ? 

 

Joseph Joffo : Malgré tout. Malgré les quatre années maudites.

 

Twenty : Dans cette devise que vous a fait lire et aimer votre mère, il y a aussi la fraternité... Est-elle un thème central de votre œuvre ?

 

Joseph Joffo : Oui, et c’est surtout ça que j’aimerais transmettre aux jeunes d’aujourd’hui, à travers Un sac de billes, la fraternité. La nature leur a donné un ami naturel, il faut savoir en profiter. Moi, j’étais le petit dernier d’une famille de six enfants. Je voyais Maurice comme un monstre alors qu’il était extraordinaire. J’avais six ans et lui huit ans, et je pleurais dans les jupes de ma mère : « Maman, Maurice me dit que je suis un petit con ! » Elle me conseillait : « Tu n’as qu’à lui répondre que c’est un grand con ! » Aujourd’hui, Maurice a 87 ans, j’ai 85 ans. Il n’y a pas un jour où on ne s’appelle pas. Nous avons passé le dernier nouvel an à la campagne, et comme deux vieilles personnes qui se racontent souvent les mêmes histoires, je l’ai pris par l’épaule et lui ai demandé : « Pourquoi as-tu risqué ta vie pour venir me chercher à l’hôtel nazi et me sauver ? » Il a éclaté de rire et m’a répondu : « Jamais je n’aurais pu me passer de mon souffre-douleur, de mon petit frère ! » Je l’ai regardé et lui ai dit : « Et moi, tu crois que j’aurais pu me passer de toi ? » Ce film, c’est l’histoire d’amour entre Maurice et moi.

 

 

Twenty : Qu’avez-vous ressenti lorsque vous avez découvert votre enfance défiler à l’écran ? 

 

Joseph Joffo : Lors de la première projection, j’étais assis à côté d’une petite fille de 12 ans. Nous avons tous les deux pleuré. J’ai dit à Christian Duguay, le réalisateur : « La parole est la suite logique de la pensée, l’écriture sa synthèse, et tes images, ma récompense. » Je me suis retrouvé en culottes courtes. J’ai revécu tout ce que j’avais vécu pendant mon enfance.

 

(Joseph Joffo nous montre l’album photo du tournage, sur lequel il était consultant. Il nous montre cette photo où il pose avec lui-même (joué par Dorian Le Clech), à 10 ans. Crédit photo : Che Eduardo Lemiale.)

 

Twenty : Pour 25 millions de lecteurs, Joseph Joffo est ce petit garçon courageux de 10 ans. Aujourd’hui, vous fêtez vos 85 ans. Mais pour vous, en réalité, quel âge avez-vous ? 

 

Joseph Joffo : Je ne me rends pas compte de mon âge. Je discute avec vous comme si nous étions des copains. À une petite différence près, j’ai 65 ans de plus ! C’est difficile de s’habituer à avoir 85 ans. Mon médecin me dit « je ne peux pas te rendre tes 25 ans », mais je ne l’écoute pas ! Je fais comme si j’étais en pleine forme. 

 

Jonathan Allouche : Il a toujours cette âme d’enfant, ces yeux bleus pétillants. C’est une force de vie et d’espoir, plus belle que le livre et que le film. Cette force, la force du témoignage, de l’histoire vraie, il l’a porte sur lui.

 

Par Juliette Hochberg, 21 ans.

 

+ Bonus :

Découvrez, en vidéo, la réponse de Joseph Joffo à la question : qu'avez vous pensé de l'interprétation des acteurs qui jouent les personnages de votre vie ?

 

 

 

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