L’été des Charognes : Interview littéraire XXL

Avec son premier roman, "L'été des Charognes", publié aux éditions Allia, Simon Johannin, 24 ans, nous livre un bildungsroman d’une pureté brute.
12/03/2017

 

Récit introspectif à la première personne, "L'été des charognes" de Simon Johannin nous plonge dans une course à la lumière, jusqu’à l’aliénation. Nous faisons presque corps avec son narrateur, un enfant anonyme, qui nous prête ses yeux, ses tripes, et nous fait découvrir son monde, celui d’une campagne universelle, où l’on grandit par et avec les bêtes. De prosaïsmes en fulgurances, le personnage quitte peu à peu l’enfance, et nous entraîne avec lui dans sa chute vers le haut, vers un soleil brumeux.

Une initiation portée avec force par une poésie propre à l’enfance, et propre à son auteur.

Après avoir refermé l’ouvrage, j’avais pas mal de question à lui poser. Je lui ai donc donné rendez-vous à Châtelet, un lundi après-midi, au café Le Mistral.

 

 

Twenty : Pourquoi avoir pris le point de vue d’un enfant ?

 

SJ : Je me sentais le plus légitime. J’ai vécu une enfance et je n’ai pas beaucoup vécu du reste. C’était un exercice assez chouette de redescendre en moi, de voir les choses à une hauteur qui est assez différente. Ce qui était déterminant, dans le choix de l’enfance, c’est l’absence de préjugés. Je voulais aussi montrer que par de simples expériences, on peut apprendre très vite.

 

Twenty : A travers la naïveté de l’enfant, sa douceur intrinsèque, tu peux presque aller plus loin dans la violence, aussi, non ?

 

SJ : Je considère que la violence chez l’enfant est presque plus normale que chez l’adulte. Logiquement, il n’a pas encore appris ce qu’il fallait faire. C’est autorisé chez l’enfant.

 

Twenty : Comment as tu fait pour jongler entre excès de maturité, poésie intrinsèque à l’enfance et candeur ? D’ailleurs, ton personnage est-il candide ?

 

SJ : Je ne dirais pas qu’il est candide. Il est sans filtre. Il prend ce qui lui arrive en face du regard, il dit ce qu’il en pense ou ce qu’il en fait, mais la maturité, pour moi, elle vient de l’expérience et de l’intelligence de la vie. Après, j’ai vraiment créé un personnage. Il est plus vénère que moi, dans l’âme. C’est un point de vue auquel je pensais depuis longtemps et ça m’a permis de boxer l’écriture. La poésie, c’est une sensibilité qui est naturelle et qui est mise à mal par la vie.

 

Twenty : Et puis ça te permet de dire avec une grande simplicité des choses très profondes, non ? Par exemple, tu écris, « la Mecque était cachée derrière la télé » …

 

SJ : C’est parce que je suis hyper absorbé par tout le traitement médiatique de plein de choses, y compris des faits religieux. Ce qu’on voit de l’Islam, pour beaucoup, c’est lié à la télé. On ne demande pas aux gens qui sont directement concernés d’en parler. Je ne supporte pas les plateaux télé où tu as quinze « spécialistes » qui te parlent de l’Islam et t’as pas un musulman. Dans le point de vue que j’ai adopté, je ne peux pas aller super loin, donc je fais passer ça par des choses simples. C’est des petits chocs qui sont ressentis et assimilés par le personnage.

 

"J’ai très vite pris conscience que quand on était mort, on puait, on pourrissait, et que physiquement, il ne se passait plus rien."
 

Twenty : Il a un côté un peu éponge, non ?

 

SJ : Complètement. Il prend tout ce qui arrive. Un enfant, c’est un peu ça aussi. Il est en constante demande d’apprentissage. Si on te donne des conneries, tu deviens con… c’est plus difficile de s’en sortir mentalement comme ça…

 

Twenty : D’ailleurs, ton personnage, est-ce qu’il s’en sort ?

 

SJ : Je ne sais pas s’il s’en sort. C’est un parcours de vie. A partir du moment où les gens deviennent adultes, les choix leur appartiennent et c’est leur histoire. C’est son histoire. Je l’ai faite comme ça. Il faut le prendre comme lui prend la vie, sans jugement de valeur.

 

Twenty : Est-ce que cette fascination de ton personnage pour tout ce qui a trait au morbide, les charognes, les os qu’il cache dans son slip, a une vocation de Memento Mori assumée ?

 

SJ : C’est une lecture possible, après, moi, quand j’ai écrit, j’ai pensé comme j’ai écrit, sans songer aux interprétations possibles, mais c’est quelque chose qui vient très naturellement. Le rapport à la charogne, au squelette, c’est simplement que ce sont des objets auxquels j’ai été confronté étant enfant et qui m’ont aussi appris des choses. J’ai très vite pris conscience que quand on était mort, on puait, on pourrissait, et que physiquement, il ne se passait plus rien. Je jouais avec des morceaux d’os. Tous les gamins de campagnes connaissent ça…

 

Twenty : Il joue avec, mais il les collectionne aussi…

 

SJ : C’est aussi prétexte à beaucoup de délires. Planquer les os, récolter les os…. Ce sont des artefacts fascinants. Les os en tant qu’objets, ont des formes incroyables. C’est logique que des gamins les collectionnent, comme ils le feraient avec des cailloux, des timbres ou d’autres choses… et c’est ce qu’il y a de plus facile à trouver.

 

Twenty : On aussi l’impression que tu dresses un portrait en négatif de l’époque, que tes personnages vivraient sur une parallèle ou derrière un miroir. C’était ta volonté ?

 

SJ : Ils sont très isolés, donc au final assez protégés de pas mal de choses. Tout ce qui vient de l’extérieur va être encore plus pourri. La vraie violence commence avec l’arrivée au collège, la ségrégation de classes… quand je parle de total 90 par exemple… mais qui sont très vrais. À partir du moment où il y a confrontation avec le monde extérieur, la perdition commence.

 

Twenty : Et les paradis artificiels, c’est le seul refuge qu’on propose à cette jeunesse ? 

 

SJ : Je ne sais pas. J’ai du mal à parler en termes de jeunesse. Par rapport à mon personnage, il y a une intrigue qui est là et qui me permet de faire passer des choses qui sont plus mystiques. C’est un des derniers refuges du spirituel et c’est un mauvais refuge pour le spirituel. C’est un chemin court. C’est très polluant, ça fait beaucoup de dégâts. Pour eux, ce n’est pas le seul refuge. En tous cas, il y a quelque chose d’assez logique, dans le fait que mon personnage se tourne vers ça, et c’est aussi une manière de gérer la violence. C’est une autre expérience du monde.

 

Twenty : A propos de mystique, la sacré, dans ton livre, s’incarne-t-il à travers une dimension païenne ou animiste ?

 

SJ : Je parlerais de totémisation. Il y a l’idée de trouver ses totems. Que ce soit la drogue ou les animaux, ce sont les portes traditionnelles pour pénétrer à travers le monde invisible. Dans une quantité de cultures différentes, y compris la nôtre, (on a la malchance de vivre dans un monde judéo-chrétien), ça permet de passer outre la morale. Et puis, pour les animaux, le personnage, enfant, vit et voit à hauteur d’animal. Il est plus petit qu’un cheval, à peine plus grand qu’un chien.

 

"Je viens d’un milieu assez féminin. Mais j’ai eu une éducation qui n'était absolument pas genrée." 
 

Twenty : Tu parles de morale, mais ton personnage, en a-t-il  une, de morale ?

 

SJ : Il a une éthique. La morale vient de l’extérieur et l’éthique on se la construit. Il y a une jurisprudence personnelle. On fait une expérience, on en tire des conséquences et on change son comportement en fonction de ça. C’est ce qu’il fait, avec le jeu de l’arabe, par exemple. C’est l’idée de faire les erreurs une fois, d’en sortir grandi et de ne pas les répéter.

 

Twenty : Et quel son rapport à l’autorité ?

 

SJ : Il y a une autorité parentale, mais elle n’est pas excessive. Les gamins ont des tâches à faire, parce que quelque part ils font partie de l’entreprise, mais en dehors de ça, ils sont libres. Les limites, il se les fixe lui-même. Peut-être que pour lui, ce n’est pas si important que ça.

 

Twenty : Est-ce qu’il y a une dimension transgressive dans ton livre ? Par exemple, les personnages s’approprient la mort par le jeu. On pourrait également penser à une transgression du prosaïque et du matériel par la poésie…

 

SJ : Pour le terre à terre, je ne pense pas. N’importe quel mec de la campagne, où qu’il soit, s’il est éleveur ou cultivateur, il connaît la poésie de son travail. Ce n’est pas pour rien que ça inspire les poètes depuis des siècles, il y a une fascination, pour la nature, la terre, le jardin… A un moment, j’ai écrit “le jardin c’est cet espace où le corps fait la même chose que l’esprit”. Tu as la pensée qui rejoint le geste… ça fait partie des activités vertueuses, pour l’homme, au même titre que la danse… C’est un acte de création. Tu cultives quelque chose. Pour la mort, ce n’est pas une transgression, mais une manière de l’apprivoiser. Tout ce qu’il faut, c’est comprendre que c’est une forme d’accomplissement de la vie.

 

Twenty : Ton personnage a beau être très jeune, il semble très ancré dans le passé, dans l’Histoire… Aurait-il conscience d’appartenir à un Locus Amoenus en voie de disparition et qu’il n’aurait pas connu ?

 

SJ : Je ne sais pas s’il en a vraiment conscience. Quand tu grandis à la campagne, comme il se passe peu de choses, tu es en perspective avec le passé du territoire. Forcément, tu as pleins d’objets qui sont là, qui sont vieux, des ruines dont on te raconte l’histoire… dans le livre, par exemple, il y a la matraque du nazi… Quand tu vis en ville, c’est muséifié, ce n’est pas le même rapport à l’objet. On en devient spectateur. Là, c’est presque une extension du corps. Tout forme un tout, et le personnage fait partie de ce tout. Il est ancré dans l’histoire du territoire, via une tradition orale, notamment. Après, lui, il n’en a pas spécialement conscience. Il a cette connaissance, mais en même temps il est complètement absorbé par ce qu’il vit au quotidien.

 

Twenty : Tu as écrit un roman d’initiation, où l’initiation se fait à deux (ton personnage dit qu’il n’aime pas les tribus). Sans son ami Jonas, ton personnage aurait-il pu se construire ?  Sa présence adoucit la violence ?

 

SJ : Du fait de l’isolement, un camarade, c’est une béquille et ça leur permet de se fendre la gueule. Le copain, c’est celui avec qui on est stupide et avec qui on prend plaisir à être stupide. Dans tout le livre, le point de vue, c’est de raconter une enfance où il y a de la violence, où les gens sont pauvres matériellement, mais au-delà de ça, ils ont une vraie richesse humaine. Quand il y a de la bienveillance, à manger et un toit, ça suffit pour grandir. Mon personnage a tout ça, même s’il se prend des tartes dans la gueule et qu’il doit égorger des agneaux, mais c’est vécu comme des trucs super chiants plus comme des choses douloureuses.

Twenty : Tu dépeins un univers très masculin. Il y a le père, le frère, l’ami… la mère apparaît quelques fois, évanescente… c’est propre aux campagnes ?

 

SJ : Je viens d’un milieu assez féminin. Mais j’ai eu une éducation absolument pas genrée. Garçons et filles faisaient exactement la même chose. Après, dans l’écriture, les personnages féminins je les ai gardé du côté de la mère et de l’amour. Souvent, c’est comme ça pour les mecs. Il y a ce truc où tu te dis que l’amitié garçon fille ça n’existe pas. Le rapport au féminin n’est pas évident. Et puis, en tant que jeune écrivain, je ne voulais pas trop développer le regard sur les femmes par peur de dire des conneries.

 

Twenty : Les femmes, dans ton livre, incarnent à la fois la pulsion de mort et la pulsion de vie. Elles sont dans l’explosion de vie, dans la vie à outrance. C’est propre au féminin ?

 

SJ : La vie à outrance, le fait de poser des mots dessus, ça permet de le gérer, de prendre un recul, de ne pas en mourir tout de suite. Après, je ne sais pas si elles entrainent le personnage dans ça. C’est lui. Il est trop sensible. Pour les animaux, c’est pareil. Ils l’entraient aussi loin que la drogue ou l’amour. Ça le transperce complètement, il a un côté illuminé du village, touché par la foudre.

 

Twenty : Est-ce que c’est ce côté « à part » qui le pousse au suicide ? On a l’impression que ton roman monte crescendo vers une poésie de plus en plus fulgurante, intense… Tu as voulu raconter le suicide de la poésie, contrainte par l’époque ?

 

SJ : C’est marrant que tu parles de suicide. C’est ton interprétation. Moi je ne le dis pas, mais c’est logique que tu emploies le mot. C’est un suicide en lumière pour moi. Il devient fou. Je ne veux pas rajouter des mots à ceux que j’ai mis dans le livre, pour l’expliquer. Il y a cet accès à une autre vision du monde, plus illuminée, mais plus dangereuse aussi. Il va tellement loin dans la quête de lumière qu’il est aveuglé. Après, c’est son histoire, son vécu. Il a eu la chance de ne pas avoir été traité comme un client par la société de consommation. Aujourd’hui les enfants sont des cibles marketing. Il peut penser à autre chose et vivre autrement, à perte ou à bien, ça le regarde.

 

Twenty : Est-ce que ton livre à vocation à être lue comme une parabole ? Quelle est la dimension symbolique de l’histoire ?

 

SJ : La parabole elle est dans le rapport à l’animal. Elle se trouve également dans une réflexion sur l’enfance, sur le fait de découvrir qu’il n’y a pas d’alternative possible à la violence. En filigrane, il y a surtout une leçon de morale pour les adultes. Arrêtez de vous comporter comme des merdes vis à vis des gosses et sortez les mains de vos poches ! Comment vous voulez que des gamins de 14 ou 15 ans ne soient pas dans la délinquance quand ils voient ce qu’il se passe.

 

"Il faut arrêter d’infirmer les gens parce qu’ils font partie d’un certain type de population."
 

Twenty : Il y a une alternative à la violence ?

 

SJ : Il y a en a plein, mais elles ne sont tellement pas mises en évidence. La société ne met pas assez de moyens dans ça. Tout va trop vite, les choses ne sont pas assez analysées, pas assez déconstruites. On stigmatise trop les classes. Il faut prendre les choses à la personne. Il faut arrêter d’infirmer les gens parce qu’ils font partie d’un certain type de population. Par exemple, beaucoup de journalistes m’ont dit « quand on lit ton livre, on a envie d’appeler les services sociaux ». Ils ont porté un jugement de classe sur le récit. Pour moi, mon personnage a eu une enfance heureuse. Bref, il faut péter ses plafonds de verres, et si mon personnage, un petit blanc plouc, a pu le faire, alors tout le monde est capable de le faire.

 

Twenty : Sans doute pour se rassurer, tous les journalistes t’ont comparé à Despentes. Tu penses quoi de cette analogie ?

 

SJ : Edouard Louis aussi, et Steinbeck. C’est drôle. Pour Despentes, ça a été mon entrée dans la littérature. Grâce à elle, j’ai pu voir ce qu’on pouvait vraiment faire avec les livres. Je trouve ça assez flatteur. Quand tu regardes le temps d’antenne, le nombre de signes, la place médiatique en général attribuée à la littérature, c’est très peu. C’est plus facile de mettre des grands noms, pour que les gens fassent le lien.

 

Twenty : Personnellement, j’y ai plus vu un mélange entre La Vie Devant Soi, un livre que personne n’a lu, Fantasia Chez les Ploucs et quelque chose de Gummo… ça te parle ?

 

SJ : Harmony Korine, oui. J’ai un peu écrit un livre parce que je n’ai pas les moyens ni la technique pour faire un film, mais à terme, j’aimerais bien. Ce que je trouve génial chez lui, c’est qu’il rend hommage à des morphologies qui sont complètement décriées. Il filme des corps tordus, qui ont leur beauté aussi. Ce qu’il fait avec Gummo, c’est la preuve que la poésie existe partout. Prends la scène de fin, par exemple, avec ce petit lapin qui court... Pourquoi ce lapin ? Pourquoi le délire avec les chats ?

 

Twenty : Tu aurais aimé filmer ton livre ?

 

SJ : Je pense que c’est un travail différent. Ce n’est pas du tout les mêmes enjeux. C’est un travail collectif, déjà. Peut-être qu’un jour je ferai un film qui ressemblera à ce livre. Je viens d’un endroit où visuellement il y a des choses extraordinaires à faire. Le film c’est une machine trop compliquée à gérer à mon échelle. Là je suis hyper autonome, je n’ai de comptes à rendre à personne…

 

"Je trouve le milieu littéraire parisien un peu hors sol."
 

Twenty : Tu as des rituels d’écriture ?

SJ : J’écoute PNL et je fume des joints. Pour ce livre, j’ai beaucoup réécouté LIM aussi, pour l’énergie d’écriture. C’est ce que j’écoutais à fond quand j’étais ado et je me suis dit que j’allais faire écouter la même chose à mon personnage. PNL, LIM et Kendrick Lamar. En France, on a un rap d’un bon niveau, c’est assez exceptionnel.

 

Twenty : Tu lis aussi de la poésie ?

 

SJ : Lautréamont, de ouf. Il y a des trucs complètement trippés, même par rapport aux animaux. Il raconte une scène où t’as des mecs qui font naufrage, alors Maldorore leur tire dessus avec un fusil, et t’as des requins qui viennent le bouffer, et un énorme requin femelle qui débarque et lui il fait l’amour avec elle dans l’eau… c’est dingue !

 

Twenty : Bon, et sinon, tu en penses quoi du petit microcosme littéraire parisien Saint Germain ? Une heureuse découverte ?

 

SJ : Je trouve ça un peu hors sol. Avec mon vécu, mon éducation, j’ai l’impression que ce sont des poules de batteries et moi une poule de plein air. Je sais qu’il y a des verres dans la terre et eux bouffent des petits grains.

 

Twenty : C’est quoi, pour toi, avoir 20 ans en 2017 ?

 

SJ : C’est comprendre qu’il y a du boulot sans se prendre trop au sérieux non plus… mais c’est un peu moralisateur… Il faut profiter de son âge, de la force qu’on a pour tripper… si on n'est pas trop précaire, qu’on a les moyens de le faire… mais en même temps, il faut en placer une pour les autres aussi… Si on a les moyens de tripper, on a les moyens d’aider les autres… D’être dans une empathie avec le monde… 

 

Par Carmen Bramly, 22 ans, romancière.

© Capucine Spineux

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