Le Motif : "J’ai envie de me rapprocher du niveau d’un Damso ou d’un SCH"

Olivier Lesnicki, aka Le Motif est beatmaker, mais pas que. A 20 ans, il a déjà créé un certain nombre de sons connus, qu’il concocte avec sa soeur, la rappeuse Shay, ou ses acolytes JuniorALaProd et Heezy Lee. Rencontre avec un petit génie du hit.
28/04/2018

 

 

Vous n’avez pas pu passer à côté de ses compositions. Allez, je vous donne le best-of : Réseaux de Niska, PMW de Shay, Mobali de Siboy, Jack Da de Booba, Météore d’SCH….. Et même ses propres morceaux : Ode à l’eau de vie et #EmojiFlex. Rencontre avec celui qui a compris que les auteurs des prods étaient de véritable artistes, et qu’ils devaient, à ce titre, sortir de l’ombre.

 

 

 

 

Twenty : Tu peux te présenter ?

Le Motif : Je m’appelle Olivier, je suis réalisateur artistique dans le milieu de la musique, du rap plus précisément. Je suis aussi compositeur, topliner… Et même artiste, à mes heures perdues.

 

 

Twenty : C’est quoi la journée type d’un beatmaker de 20 ans ?

Le Motif : J’habite à Londres. Je dois donc venir sur Paris en Eurostar pour travailler. Je ne travaille que quand je suis à Paris. Je sors du train, je débarque dans le studio, je rencontre l’artiste… On s’assoit ensuite, et on échange des idées. Il me fait part de ses envies, de ce qu’il a fait, ce qu’il aimerait faire… J’essaie toujours de comprendre dans quel mood est la personne. Je démarre ensuite les machines, même si je ne suis plus derrière l’ordinateur. Je suis souvent en collaboration avec des gars comme JuniorALaProd et Pyroman pour la partie technique. Je suis directeur artistique : je fais des yaourts pour indiquer à l’artiste les couleurs que le son pourrait avoir. Je donne des idées de refrain. Je suis là pour guider l’artiste. Je sais connecter l’artistique au commercial, c’est ma particularité. J’ai eu de bonnes intuitions jusqu’ici.

 

 

Twenty : Ca fait combien de temps que tu fais des prods ?

Le Motif : Depuis longtemps. J’ai commencé sur le logiciel Ejay. Je réalisais des boucles, du très basique. Je me suis professionnalisé en 2015 avec la prod de Jack Da, sur l’album D.U.C de Booba. Je suis devenu producteur grâce à cette prod.

 

 

Twenty : Et tu en vis ?

Le Motif : Maintenant oui.

 

 

 

 

Twenty : Le streaming rémunère-t-il correctement les beatmakers ?

Le Motif : Non ! Le streaming ne change rien au game. Même à l’époque des disques, ce n’était pas forcément terrible pour nous. Surtout dans le milieu du rap. C’est pour cette raison que nous poussons les tubes, afin que l’exploitation aille au-delà des services de streaming. Là où l’argent est. Un stream rapport 0,004 euros de chiffre d’affaires. Avec un deal classique, le compositeur ne prend que 3% sur cette somme. Il en faut des prods pour toucher le SMIC… C’est la Sacem qui nous intéresse. Mais nous ne négligeons pas le streaming, qui est intéressant pour se faire connaître et guider la culture. Les radios suivent maintenant les streams. Si tu sais produire une track qui est playlistable, tu es susceptible de passer en radio. C’est le rôle de morceaux comme Réseaux, Mwaka Moon ou Désaccordé, qui sont des vitrines pour notre culture.

 

 

Twenty : Le raz de marée belge sur le rap français, tu l’avais vu venir ?

Le motif : Bien-sûr ! Je suis né à Bruxelles, je fais donc partie du raz de marée. La génération d’avant, comme Gandhi et Romano, à qui j’adresse un big up, avait du mal à conquérir le marché français. C’est à nous de jouer aujourd’hui. Ma soeur (Shay), poussée par Kopp (Booba), a commencé le travail. Je pense aussi à Damso, Caballero & JeanJass, Roméo Elvis, Krisy…. Nous sommes tous liés, c’est un petit monde. Les succès de Damso et Shay inspirent tous les belges.

 

 

Twenty : Quelle est la prod qui t’as le plus marqué  ?

Le Motif : Jack Da, sans aucune hésitation. C’est ma première. C’était improbable. C’était le son le plus osé de tout son album. Kopp avait trop d’années d’avance…. Le chant et la rythmique afro ont perturbé tout le monde. Mais il avait vu juste. C’est un visionnaire.

 

 

Twenty : Comment es-tu rentré en contact avec le 92i (la team de Booba) ?

Le Motif : En envoyant un mail. Tout simplement. 

 

 

Twenty : Travailler avec un rappeur du style de Lorenzo, était-ce un risque pour toi ?

Le Motif : Carrément. C’était risqué. J’ai beaucoup réfléchi avant de collaborer avec lui. Je ne connaissais que son Freestyle du sale, pas le personnage. Tout a commencé avec le morceau Fume à fond. J’ai trouvé le gars trop frais à partir de ce moment. C’est alors que j’ai compris que j’avais mal jugé la personne. Ce n’est pas qu’un youtubeur, c’est aussi un artiste. Un très très bon artiste, même. Il pourrait se contenter d’être rappeur. Il a assez de talent pour, du moins. Il comprend les réseaux et ce qu’est l’entertainement. Je suis présent sur cinq morceaux (Carton rouge, Bizness, Rien à branler, Champagne & Pétou, Tu le C) sur son album Rien à branler.

 

 

 

 

Twenty : Faire de la musique en famille, ça change quoi ?

Le Motif : C’est plus facile. Tous les jeunes producteurs, comme moi, ont changé le game, dans l’approche du travail. Nous sommes soudés. On collabore tous, on est tous potes. Ce n’est d’ailleurs pas évident de déposer les crédits à la Sacem. (rires) Travailler avec sa soeur, ça change tout. Il ne peut pas y avoir d’histoire d’égos entre nous. C’est l’avantage des collaborations familiales. Alors que dans le cadre professionnel, avec un étranger, l’égo peut freiner la créativité.

 

 

Twenty : Peut-on dire que tu formes aussi un tandem avec Heezy Lee ?

Le Motif : Oui. Je l’aime trop. C’est le meilleur. C’est le génie. Il a déjà sa place dans le paysage musical, en tant que compositeur et topliner. Il va maintenant s’imposer comme artiste.

 

 

Twenty : Tu travailles toujours avec ta soeur Shay ?

Le Motif : Je suis dessus. Je serai toujours sur ses projets, même si elle ne le voulait pas ! (rires) Ca va sortir là.

 

 

Twenty : Tu penses rester beatmaker pendant longtemps ?

Le Motif : Toute ma vie. Toute ma vie. Je n’ai pas envie d’arrêter. J’ai l’intention de lancer mon propre projet. J’ai aussi envie de me perfectionner au niveau du mix. J’ai envie de me rapprocher du niveau d’un Damso ou d’un SCH. Ils sont chauds sur le mix.

 

 

Twenty : Le mot de la fin ?

Le Motif : Il n’y a pas que des deals d’édition. Il faut se lancer dans la gestion, dans les licences et dans la distribution. Se lancer en tant qu’artiste aussi. Il faut tout tenter. Il est temps de comprendre l’aspect juridique des productions. Il est temps d’être de bons businessmen. Ce qu’on fait, c’est de l’art. Mais surtout du business.

 

PS : L’interview a été réalisée dans un Uber :p

 

Propos recueillis par Esteban de Azevedo, 20 ans.

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