Les Crevettes Pailletées : quand le combat queer se jette à l’eau

Ce mercredi 8 mai, préparez-vous à plonger dans l’aventure d’une équipe de water-polo LGBTQ+ en route vers les Gay Games. Une comédie qui lie humour et militantisme, paillettes et sport de haut niveau.
09/05/2019

 

À mi-chemin entre « Le Grand Bain » (Gilles Lellouche, 2018) et « Champions » (Javier Fesser, 2018), le film « Les Crevettes Pailletées » offre un savant mélange entre discours politique et comédie, bref, le « triomphe de la légèreté ». Le film s’ouvre sur une frasque crédible : un athlète profère une insulte homophobe, Matthias Le Goff (Nicolas Gob), nageur professionnel, est alors sanctionné et doit entraîner une équipe de waterpolo LGBTQ+, les Crevettes Pailletées, et les mener droit vers les Gay Games. La comédie esquive les clichés et dévoile la naissance d’une amitié touchante entre l’entraîneur et l’équipe. Une équipe de huit personnes LGBTQ+, complexes et loin d’être résumés par leur sexualité, entame un road-trip vers la Croatie qui fait sourire du début à la fin. Twenty a eu la chance de s’entretenir avec trois comédiens, passionnés et fiers de représenter ce film : Romain Brau, Félix Martinez et Alban Lenoir.

 

Romain Brau

 

Après des études de mode à Anvers, il développe une marque de vêtements pour la scène : c’est son premier contact avec le théâtre. Il fait partie de celles et ceux qui ont fait renaître « Madame Arthur » une boîte / cabaret à Pigalle. Il y performe à travers le personnage de Morian, anagramme de Romain. Ce personnage est une extension de lui : il aime estomper les frontières du genre.

 

Félix Martinez

Après des études de théâtre et plusieurs rôles sur les planches et dans des courts-métrages, il fait ses débuts au cinéma avec « Timing » de Marie Gillain en 2017. « Les crevettes pailletées » est son deuxième long-métrage.

 

 

Alban Lenoir

Après un passage aux cours Florent, aux Enfants terribles, et plus de 300 figurations, Alexandre Astier lui offre son premier rôle dans « Kaamelott ». Plus tard, c’est dans le film « Un français », de Diastème, qu’il est révélé au grand public. Acteur multi-facettes, Alban Lenoir se réinvente dans « Les Crevettes Pailletées ».

 

TWENTY : Qu’est-ce qui vous a donné envie de tourner dans le film?

ROMAIN : J’ai beaucoup aimé le scénario mais au départ, je pensais que ce n’était pas pour moi. Je défends les actrices transgenres, alors je me suis demandé pourquoi j’irais jouer un personnage transgenre alors que je ne le suis pas. Je suis allé au casting en me disant que je ne serais pas pris, et finalement, l’équipe est venue me voir au cabaret. On s’est mis d’accord pour faire évoluer ce personnage qui est en pleine transition. La période de transition est belle et doit être respectée. Ce que j’ai aimé aussi, c’est que Fred est hyper forte, elle s’assume. Elle rejoint l’équipe après trois ans d’absence et fait face à la transphobie avec beaucoup de courage.

FÉLIX : Dès que j’ai lu le scénario, j’ai beaucoup aimé mon rôle : le personnage de Vincent a vraiment une évolution intéressante. Il se découvre peu à peu, c’est tout un voyage initiatique. Ce qui m’a plu aussi, c’est que le sujet principal n’est pas l’homosexualité, mais qu’il y a bien huit homosexuels protagonistes. C’est une belle démarche pour décomplexer l’homosexualité dans le milieu du sport au yeux du grand public. Il y a une phrase qui m’a marquée dans le dossier de presse : c’est « le triomphe de la légèreté ». Ça parle du droit à l’exubérance, du droit de choisir sa vie.

ALBAN : J’y croyais. On m’avait proposé des rôles de « gay de service » et je considère ça comme étant vraiment péjoratif. Je n’ai jamais eu d’a priori sur la communauté LGBTQ+, et j’aimais bien la volonté de représenter la vraie vie, pas de jouer un cliché. Le scénario était bon, la structure tenait la route, et il y avait ce côté un peu outrancier et extravagant qui était génial à jouer.

 

TWENTY Il y a une vraie alchimie entre les personnages, comment c’était de jouer tous ensemble ?

 ROMAIN : Je connaissais déjà le travail de Roland Menou (Joël dans le film), que j’admire, et j’ai découvert tous les autres. Six mois avant le début du tournage, on a dû suivre des entraînements intensifs de waterpolo, et comme on était tous ensemble dans cette galère, on était tous solidaires. Le sport, ça rassemble vraiment. Aujourd’hui, quand je vois le film, j’ai l’impression de voir le film de mes vacances de l’année dernière.

FÉLIX : C’est vrai que les entraînements ont créé des liens. Personnellement, l’eau c’est pas trop mon élément, je coule beaucoup (rires). Le waterpolo, c’est tellement dur et intense, on était obligés d’être solidaire.

ALBAN : J’ai aussi l’impression de revoir le film de mes vacances. On en a vraiment bavé ensemble, avec les entraînements, et même le tournage puisqu’on n’avait pas un budget énorme. Les journées étaient très longues, et les entraînements, c’était un véritable enfer. C’est clairement le sport le plus dur que j’ai pratiqué, la force mentale et physique qu’il faut pour le pratiquer, c’est énorme. Mais bon, ça ne se voit pas dans le film qu’on a eu des entraînements (rires).

 

TWENTY : À qui s’adresse le film selon vous ?

ROMAIN : Il s’adresse à tout le monde. C’est sur le sport et la tolérance, je pense que ça peut parler à tout le monde.

FÉLIX : Oui, c’est un film grand public. Je ne dirais pas qu’il est pas ciblé. Bien sûr, ça parle d’homosexualité, mais ce n'est pas le sujet principal.

ALBAN : Complètement grand public !

 

TWENTY : Est-ce que vous connaissiez l’existence des Gay Games avant le film ? Que pensez-vous des critiques qui décrivent les Gay Games comme un événement communautaire ?

ROMAIN : J’en avais déjà entendu parler parce qu’on m’avait demandé de venir faire l’ouverture, je ne sais plus quand exactement. Je suis quelqu’un de très sportif à la base, tout ce qui concerne le sport et la cause LGBTQ+, ça me touche. Je pense qu’aujourd’hui, c’est important d’avoir de tout, je n’aime pas catégoriser les choses. Mais si je devais faire du football et que je ressens une gêne dans une équipe non-définie, et bien j’irai dans une équipe homosexuelle : c’est bien d’avoir des options.

FÉLIX : Non, je ne connaissais pas avant. Et c’était assez impressionnant de découvrir cet événement. On était au coeur de quelque chose d’immense, puisqu’on a fait la vraie cérémonie des Gay Games à Paris l’année dernière. Et puis, les Gay Games ne sont pas fermés aux hétérosexuels. Le sport, c’est l’un des milieux où il y a le plus d’homophobie ordinaire, alors un événement sportif où il y a le label LGBTQ+, c’est pas plus mal.

ALBAN : Non je ne connaissais pas avant. C’était incroyable de découvrir les vrais Gay Games. Ce qui m’a le plus marqué, c’était de voir des délégations immenses comme celle des États-Unis, qui étaient scindés en États, et la délégation de l’Égypte qui était composée d’une seule personne. Ça ferait tellement de bien à beaucoup de personnes, de jeunes surtout, de voir des sportifs assumer leur sexualité. Ils ont un tel pouvoir de représentation. Aujourd’hui, en 2019, on devrait pouvoir s’assumer clairement.

 

TWENTY : Est-ce que jouer dans ce film a été un acte engagé pour vous ?

ROMAIN : La communauté LGBTQ+ est victime d’un mouvement de mode en ce moment, et il faut en profiter. Il y aura toujours de la transphobie, de la discrimination mais on se bat pour qu’il y en ait moins, et c’est pour ça qu’on a fait le film. On veut transmettre un message de liberté d’être. Jouer dans ce film a été un acte complètement engagé pour moi. Ce n’est pas forcément un film militant en soi, mais c’est un film qui en parle et qui défend toutes les personnalités. On a décidé de montrer qu’être homosexuel ce n’est pas seulement vivre dans la peur.

FÉLIX : J’espère que le film pourra servir la cause LGBTQ+ parce que, justement, l’homosexualité n’est pas le coeur du sujet. Le réalisateur Cédric Le Gallo dit souvent qu’il y a peu de films qui traitent de l’homosexualité de manière légère. Je n’ai pas l’impression de faire un film militant pour autant, mais c’est important d’en parler.

ALBAN : Pour moi, l’homosexualité n’est pas le sujet principal du film, même si c’est un des sujets traités. « Philadelphia » ou encore « 120 battements par minute », ce sont des films incroyables, mais c’est aussi agréable de décomplexer le sujet. Après, évidemment, il y a une dimension militante dans ce film. C’est ce que j’aime : « Un français », c’était contre le FN, « Les crevettes pailletées », c’est contre la bêtise. On s’était dit avec les réalisateurs qu’on ne voulait pas prononcer les mots « sida » ou « séropositif », et je trouve que c’est important de dissocier homosexualité et maladie à l’écran.

 

TWENTY : Et ça vous a donné envie de plus vous engager pour la cause LGBTQ+

ROMAIN : Mon amoureux est chez Act-up et AIDES, on est très liés à eux. Personnellement, je n’ai pas assez de temps libre pour être militant à 100%, mais j’aime organiser des projets avec lui. Je le fais à mon niveau, et si je peux embellir les choses pour eux, je le fais avec plaisir. Après, quand il y a des rassemblements ou des manifestations, je suis toujours présent.

ALBAN : J’ai toujours fait des choses à mon niveau. J’essaye toujours de faire des petites actions dans ma vie quotidienne pour améliorer les choses.

 

 

 

Par Reuben Attia et Kenza Helal--Hocke

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