L'impératrice : "On revendique un certain hédonisme"

Twenty a eu la chance de s'entretenir avec deux des membres de l'Impératrice, groupe de pop-disco parisien à l’identité trouble, à l'occasion de la sortie de leur premier album, Mata Hari, le 3 mars dernier. Rencontre.
21/04/2018

 

 

L’Impératrice est un groupe de pop-disco parisien à l’identité trouble. Leur premier album, Mata Hari, est sorti le 3 mars dernier. Entre un concert au Casino de Paris et un départ à New York ils nous ont accordé un moment pour boire ensemble un sirop à la menthe la terrasse ensoleillé d’un café du douzième arrondissement. Ils sont habituellement six mais là n’étaient que deux : Flore Benguigui la chanteuse et Charles de Boisseguin le leader.

 

 

 

 

Twenty : Le titre de votre album fait référence à Mata Hari, une espionne néerlandaise née à la fin du 19ème siècle qui était aussi courtisane et danseuse, qu’est ce que ça révèle de l’univers de l’album ?

Charles : Ça révèle le côté multi-facettes du disque : chaque chanson a un univers différent, de la même manière Mata Hari a eu différentes vies et a réussi à s’inventer ces différentes vies. Dans ce disque il y a une grande liberté : une liberté de ton, de style, il est assez en marge de ce que tu peux entendre maintenant. Mata Hari était une femme, elle aussi, en marge de son époque. A l’époque les femmes étaient cantonnées à leur rôle primaire, Mata Hari s’est affranchi de toutes ces contraintes, elle s’est créée une liberté immense et j’aime à penser que le personnage de l’Impératrice est similaire à cette femme, ce côté héroïne de roman, très libre et affranchie. C’est ce que nous revendiquons, sans être politique ni engagés dans quoi que ce soit. On revendique un certain hédonisme et je pense que c’est ce que raconte cet album.

Flore : L’idée c’était de ne rien révéler avec ce nom là, il suggère beaucoup de fantasmes mais il ne révèle pas ce qui se cache à l’intérieur de cet album. C’est une femme très mystérieuse dont on ne sait pas tout et dont on ne saura jamais tout.

 

 

Twenty : Votre musique, à l’image de Mata-Hari est insaisissable, à la croisée de la pop, de la disco, de la french wave, quelles sont vos références musicales ?

Flore : Chaque membre du groupe a des références différentes. Il y en a qui deux qui viennent du classique, un qui vient du baroque, Tom (le batteur) qui vient du rock, moi qui vient du jazz. Mes références se situent plus du côté du jazz vocal des années trente aux années soixante en incluant le blues, le swing et après toute la musique pop des années soixante - soixante-dix, les Beatles en particulier, je suis fascinée par eux depuis que je suis petite.

Charles : Mes références sont assez éclectiques mais disons que j’ai une préférence pour la musique disco funk, jazz funk des années 70 - 80 ainsi que pour les musiques de films de la même époque, les bandes originales. Malgré nos références différentes on se rejoint tous sur notre vision de l’harmonie, notre manière d’entendre les choses et sur la façon d’y être sensible.

 

 

Twenty : Flore tu es arrivée un peu après dans le groupe, qu’est ce que ça a changé pour l’Impératrice d’accueillir une voix au sein du groupe ? Qu’est ce qui a guidé votre choix de chanter en français ?

Charles : Le fait d’avoir une voix était assez hasardeux par ce qu’au départ je ne voulais pas avoir de voix sur ce projet. Mais, à un certain moment, dans ce qu’on voulait donner et faire écouter aux gens, c’est devenu inévitable. J’avais le sentiment qu’il manquait quelque chose. J’ai rencontré Flore à la sortie d’un concert et on a discuté, je lui ai proposé de faire des essais sur la première maquette de l’EP Odyssée.

Flore : Le français aussi est arrivé un peu par hasard par ce que le premier morceau que j’ai fait avec eux était en anglais. C’est après qu’on s’est posé la question de la langue. Le français c’est une langue qu’on a envie de défendre par ce que quand elle est bien utilisée, et c’est rare, c’est une langue qui sonne très bien. Ça représente un sacré challenge par ce que le français est dur à façonner, c’est une langue très exigeante. Mais quand tu y arrives c’est tellement plus puissant que l’anglais pour nous francophone. C’est quelque chose qui est maintenant beaucoup plus fréquent alors qu’il n‘y a même pas 10 ans c’était la honte de chanter en français. Aujourd’hui il y a toute une génération qui essaye de se ré-approprier cette langue et on a envie d’en faire partie.

 

 

 

 

Twenty : Le faite d’être une grosse équipe qu’est ce que ça apporte dans l’expérience du live ?

Charles : Ça change tout. C’est une musique qui se joue vraiment à six, il n’y a pas de tricherie. Tout est instantané, on créé une magie, un moment unique. C’est jamais la même musique par ce qu’elle est toujours teintée de l’ambiance du moment.

 

 

Twenty : Quel sens ça a pour vous e faire partie de Microqlima (Pépite, Isaac Desilusion) , un label indépendant et familial ?

Charles : Tout l’intérêt repose dans cet aspect familial, on se retrouve entre des mains qu’on connait et en qui on a confiance. L’indé te permet de construire ton projet toi même et de pas laisser une grosse boite décider pour toi, t’as une marge de décision beaucoup plus importante que dans n’importe quelle grosse maison de disque. Et puis, t’as une ambiance de travail beaucoup plus récréative et agréable, c’est beaucoup plus excitant. T’as pas l’impression de bosser pour quelqu’un. Les grosses maisons de disque, en général, travaillent avec des dizaines et des dizaines de groupes qu’elles vont développer de la même manière jusqu’à ce qu’il y en ait un qui marche mieux que les autres. Chez MICROQLIMA c’est pas comme ça, on se sert les coudes et tout le monde est logé à la même enseigne. C’est beaucoup plus motivant.

Flore : Et puis ils ont deux fois plus d’idées, des idées auxquelles un gros label avec plein d’argent n’auraient même pas pensé. L‘équipe est super motivée, ils sont habitués à se débrouiller avec les moyens du bord.

 

 

 

 

Twenty : Comment vous étiez à 20 ans ?

Charles : C’était il y a longtemps, j’ai bientôt 32 ans. J’avais pas conscience de l’avenir, de ce que je voulais, de qui j’étais mais il y avait ce truc très agréable où je me laissais aller. C’est un âge où on est encore bordés, par ses parents ou par ses potes. C’est ça qui est très beau, cette insouciance post adolescence. J’ai très peu de choses en commun avec la personne que j’étais à 20 ans. Toi Flore t’es encore très proche de tes 20 ans.

Flore : J’ai 25 ans. A 20 ans je sortais de ma classe préparatoire, c’était l’année de mon arrivée à Paris. Pour moi les 20 ans ce n’est pas de l’insouciance, c’est justement le moment où tu te prends la réalité dans la figure. Je suis arrivée à Paris je trouvais qu’ici tout était trop cher et les gens étaient pas sympas. C’était l’année de la désillusion, juste avant que je rentre au conservatoire de jazz et que je me mette vraiment à la musique. 20 ans c’était pas une a année hyper fun par ce que j’étais un peu perdue, mais c’était l’étape à passer.

 

 

Twenty : Quels conseils donneriez vous à des gens de 20 ans qui voudraient faire de la musique ?

Flore : Manger cinq fruits et légumes par jour. 

Charles : Profiter de s’écouter, de se faire confiance, ne pas essayer de se confronter au adultes qui ont toujours un poids dans nos décisions. Etre effronté.

Flore : Etre curieux le plus possible. Dans la musique ça compte énormément, c’est comme ça que tu fais les meilleurs rencontres car la musique ce n’est pratiquement que des rencontres. Par exemple, si je n’avais pas été curieuse je n’aurais jamais rencontré Charles et je ne serai pas là, assise, entrai de te parler. C’est important de s’ouvrir, aller voir des concerts, acheter des disques, surtout acheter des disques.

 

 

 

Propos recueillis par Alix Welfling, 21 ans, étudiante. 

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