Message d'erreur

  • Notice : Undefined index: und dans main_user_user_view() (ligne 370 dans /data/www/deploy-twentymagazine/releases/20180913090242/drupal/sites/all/modules/custom/main/main_user/main_user.module).
  • Notice : Undefined index: und dans main_user_user_view() (ligne 370 dans /data/www/deploy-twentymagazine/releases/20180913090242/drupal/sites/all/modules/custom/main/main_user/main_user.module).

Chris Esquerre : "L'humour n'est pas une arme"

A l'heure de la fin du commun, même l'humour est devenu un sujet clivant avec ses bourreaux et ses victimes. Pour apporter un regard apaisé sur ce dossier brûlant, nous sommes allés interviewer l'un des hommes les plus drôles de France : Chris Esquerre.
12/07/2018

Chris Esquerre ? Vous avez sûrement déjà entendu sa voix sur les antennes de France Inter mais pas que. Il se pourrait que vous l’ayez également vu sur Canal + dans son émission « Importantissime, les coulisses de l’émission ». Et puis vous avez sûrement eu vent de son site de ventes en ligne (parodique) où l’on peut, par exemple, trouver des (faux) Comprimos®500 bienfaisants « Chris Esquerre » qui permettent de résoudre les petits problèmes de santé comme le stress, le ventre noué, le mal de dos, le mal de cou et même le cancer ! Idéal pour ceux qui crient au scandale dès la première blague pourrie…

 

 

Twenty : Votre humour est souvent qualifié de « pince-sans-rire. » L’humour est-il forcément synonyme d’ironie ?

Chris Esquerre : Non. C’est d’abord une fantaisie gratuite, qui vise l’amusement. Dans l’absurde en particulier, il n’y a pas toujours de message ou de point de vue critique (ce que suppose l’ironie) !

 

Twenty : Pour vous, quelle est la limite de l’humour ?

Chris Esquerre : Seul, il n’y a aucune limite. Tant qu’on rit, c’est que c’est drôle, on peut continuer. La limite est déterminée au cas par cas par la réaction d’un public, d’un groupe. La limite est franchie quand une ou plusieurs personnes qui n’ont pas ri considèrent « qu’on ne peut pas en rester là », et qu’il faut exprimer publiquement sa protestation pour essayer d’enflammer le débat et mobiliser des gens qui sont susceptibles de s’indigner à leur tour. L’indignation d’un groupe devient un problème pour l’humoriste quand il est menacé dans sa sécurité ou sa liberté. Ce qui est intéressant, c’est de comprendre pourquoi, dans la tête de quelqu’un, on passe de « ça ne m’a pas fait rire » à « ça ne m’a pas fait rire et je compte bien agir pour essayer de limiter la liberté de l’humoriste à l’avenir ». Ce fonctionnement ne s’applique pas qu’aux humoristes ! La manifestation d’une liberté, quelle qu’elle soit, peut agacer.

 

Twenty : Est-ce important de rire sans offenser personne ?

Chris Esquerre : Il faut bien comprendre que l’humour qui risque d’offenser quelqu’un est une petite partie de l’humour ! L’humour est par nature un fluide bienveillant, on ne devrait pas à avoir à se poser cette question. L’humour, c’est avant tout une façon de dire « je t’aime ». Ensuite, quand il est considéré comme offensant (parce que s’exprimant dans un cadre public tout en étant moqueur – ou perçu comme tel), il faut tenir compte de l’intention de l’auteur. Quand l’intention n’est pas malveillante, on ne devrait pas avoir à se soucier des dégâts collatéraux.

 

Twenty : Le politiquement correct n’est-il pas synonyme de limite à la liberté d’expression ?

Chris Esquerre : Ce que veut dire le « politiquement correct », et c’est tragique, c’est que certains sujets sont devenus trop sensibles, déclenchent des réactions trop épidermiques pour être abordés librement et légèrement, même avec bienveillance. Il y a maintenant une « suspicion de malveillance » généralisée. Le drame c’est aussi que beaucoup de médias, qui cherchent le « clic » sans savoir vraiment pourquoi (par peur de disparaître ?), transforment en mouvements de foule de simples échanges (ou « disputes locales ») sur des réseaux sociaux. J’ajoute que l’indignation est parfois une posture, qui permet au « faux indigné » d’exister ou d’augmenter son influence, sous couvert de défense d’une cause noble.

 

Les « indignés sélectifs » continuent à twitter depuis leur smartphone fabriqué par des enfants !

 

Twenty : L’arme de l’humour n’est-elle pas justement la liberté ?

Chris Esquerre : L’humour n’utilise aucune arme et n’est pas une arme non plus.

 

Twenty : Notre société est-elle devenue plus sensible ?

Chris Esquerre : Je ne le pense pas. Il y a juste certaines douleurs enfouies qui resurgissent, et des possibilités nouvelles de les exprimer publiquement. D’un autre côté, une partie de la société est droguée à l’indignation sélective, celle qui reste majoritairement confortable. Les « indignés sélectifs » continuent à twitter depuis leur smartphone fabriqué par des enfants !

 

Twenty : Et si rire de tout nous permettait d’exorciser nos angoisses ?

Chris Esquerre : Oui mais ce n’est pas une nouveauté ! L’humour est bon pour la digestion aussi.

 

Twenty : Pourquoi ne peut-on plus rire de tout ? Qu’est-ce qui a changé dans notre société depuis Coluche et Desproges ?

Chris Esquerre : Beaucoup de choses et rien du tout. Notre société est violente et injuste. Ceux qui ne sont pas prêts à rire de tout se sentent sans doute déjà malmenés par ailleurs, et sont sincères. Interrogeons nous sur les causes, plutôt que sur les symptômes.

 

"L'humour ce n'est pas uniquement faire un sketch corrosif sur les religions ou les minorités."

 

Twenty : Le Pape François a déclaré « La liberté d’expression ne donne pas le droit d’insulter la foi d’autrui ». Qu’en pensez-vous ?

Chris Esquerre : « Insulter la foi » signifie intention de malveillance. On doit pouvoir tourner en dérision la foi d’autrui sans que ce soit considéré comme une insulte. Comme toute idée, la religion doit pouvoir être moquée. Et même, éventuellement, comme vérité ! Une vérité évidente n’a pas peur d’être moquée. Mais on revient à cette frontière floue de l’intention, et de la bienveillance. L’humour n’aime pas être utilisé à des fins malveillantes.

 

Twenty : A l’heure où les polémiques ont vite fait de naitre, l’intention de l’humoriste à l’origine d’une blague doit-elle primer sur tout ?

Chris Esquerre : Absolument. La limite est là. Il y a des aigris qui déguisent leur méchanceté en humour. En même temps, ceux qui croient doivent accepter que pour ceux qui ne croient pas, il n’y a rien de « sacré », qu’il n’y a rien à respecter ! Malheureusement, il y a toujours une petite incompréhension entre les croyants et les non croyants et l’humour n’y peut pas grand chose. Peut-être qu’il n’y a pas assez d’humoristes croyants qui se moquent des non croyants ?

 

Twenty : Est-on dans une société post-humour ?

Chris Esquerre : (rires) Non et il faut aussi arrêter de penser que l’humour, c’est uniquement faire un sketch corrosif sur la religion, les « minorités » ou d’autres sujets sensibles. Il faut vraiment que tout le monde arrête de tourner en boucle là-dessus, et prenne un peu de distance. D’ailleurs, après cette interview, j’aimerais que le sujet ne soit plus jamais abordé dans un média. Ça contribuera à apaiser le débat.

 

Propos recueillis par Kahina BOUDJIDJ, 23 ans

 

Crédit photos : Jean Tholance / Giovanni Cittadini Cesi

Rechercher

×