Pierre Ménès, l'interview #2 : « Je ne fais pas de la télé pour être aimé, je fais de la télé pour dire ce que je pense. »

Décrié, moqué ou adoré, Pierre Ménès continu de trancher dans un PAF de plus en plus lisse. Revenu d'un lourde greffe et désormais aux côtés d'Hanouna pour l'épauler dans sa quête de sens, il a accepté de répondre sans détour aux questions de Twenty.
06/09/2017

 

 

Twenty : Tu peux nous parler de ton émission "19H30 PM" ?

 

 Pierre Ménès : Je vais faire mon émission le vendredi. Elle va commencer par « L’Edito impro », je choisirai un thème et j’improviserai dessus. Je serai le présentateur, avec Virginie Ramel à mes côtés. Elle sera chargée de surveiller l’horloge, les pages de pubs… C’est notamment elle qui aura une oreillette, parce-que je déteste ça. C’est une émission de foot avec que des filles, un truc original. Ce n’est pas un désavantage d’en être une, mais il ne faut pas que ce soit un avantage non plus. Celles qui vont faire l’émission avec moi, je les prends parce que je crois en elles. Mais il va falloir qu’elles me renvoient l’ascenseur en termes de contenu et de crédibilité. Je ne prends pas 4 potiches autour de moi.

 

Twenty : Penses-tu que si tu avais été une fille, tu aurais aussi bien réussi dans le milieu audiovisuel ?

 

Pierre Ménès : Non, sûrement pas. Peut-être plus aujourd’hui, mais pas à l’époque où j’ai commencé. Pour une fille, débuter la télé à 42 ans, c’est chaud patate quand même (sourire).

 

Twenty : Et pour ce qui est du journalisme ?

 

Pierre Ménès : C’est plus facile. Il y a de plus en plus de femmes, d’ailleurs.

 
« Il faut être conscient du fait que si Les Nuls étaient aujourd’hui à la télé, ils seraient supprimés. »

 

Twenty : Comment Cyril Hanouna en est-il venu à te contacter ?

 

Pierre Ménès : Il m’a contacté il y a déjà plusieurs années. Il avait fait des pieds et des mains pour que je vienne, et je ne voulais pas. Il m’a ensuite invité à une émission, il n’y a que moi qui ait parlé, ses chroniqueurs n’ont pas dit un mot. Je lui ait donc lancé : « Tu vois, je ne peux pas vous rejoindre, je vais tous les bouffer et tu vas avoir ton équipe à feu et à sang ». On sait tous qu’il a eu de gros problèmes l’année dernière. Des sanctions qui me paraissent totalement démesurées et scandaleuses par rapport à ce qui s’est réellement passé. Et même comparé à tout ce que l’on a pu voir et que l’on voit encore aujourd’hui à l’écran. J’ai l’impression qu’il n’y a que lui qui est surveillé. Il faut être conscient du fait que si Les Nuls étaient aujourd’hui à la télé, ils seraient supprimés. Cyril va changer le casting de son émission, et enregistre les arrivées de Rachid Arhab, Renaud Revel, Tom Villa et Dominique Farrugia. On peut donc espérer une montée en gamme, par rapport à ce qu’il y avait avant. C’est en tout cas ce à quoi il s’est engagé auprès de moi.

 

Twenty : Qu’attends-tu de cette collaboration ?

 

Pierre Ménès : J’aime beaucoup Cyril, c’est quelqu’un d’extrêmement généreux, qui a un immense coeur. Il a huit ans dans sa tête, c’est un peu son défaut. A chaque fois que je suis allé à TPMP, en tant qu’invité, je me suis bien marré, donc j’ai envie d’essayer. J’ai un contrat avec lui, si mon état de santé fait que je suis trop fatigué, je viendrais de manière épisodique. Si ça ne me plaît pas, j’arrêterais. Je n’ai aucune contrainte. J’ai l’espoir de faire une bonne émission. Tout ce que je fais, je veux que ça marche. J’ai envie qu’il réussisse son pari, avec ou sans moi. Vu que je ne viendrai qu’une fois par semaine, ce n’est pas ma présence qui va révolutionner le programme.

 
« Je ne fais pas de la télé pour être aimé, je fais de la télé pour dire ce que je pense. »

 

Twenty : Comment gères-tu les critiques récurrentes à ton encontre ? 

 

Pierre Ménès : Je suis très conscient du fait que, dans le milieu du foot, dès que tu dis du mal d’un club, le supporter de ce dernier trouve que tu es le dernier des connards. Et inversement, lorsque c’est du bien, il trouve que tu es formidable. Il faut juste prendre de la hauteur par rapport à ça. Comme je dis toujours ce que je pense, j’assume. Mais si c’est une connerie, j’ai assez de recul pour la regretter. Si certains ne m’aiment pas …. je ne fais pas de la télé pour être aimé, je fais de la télé pour dire ce que je pense. On en revient à Cyril Hanouna, lorsque tu ne fais que du direct, ce qui est aussi mon cas, tu prends beaucoup plus de risques. Il fait 10 heures de direct, d’humour, par semaine. Et ça ne dérape qu’une fois toutes les 4-5 semaines, c’est presque compréhensible. Ça se veut être humoristique, même si l’humour, ça peut tomber à plat, ne pas être drôle, être déplacé… mais ça ne part pas d’un mauvais sentiment.

 

Twenty : Tu trouves que la France est trop « corporate » ?

 

Pierre Ménès : C’est sûr qu’aujourd’hui, en France, il ne faut pas dire du mal des gays, par exemple. Dès que tu dis « gay » dans une phrase, tous les radars s’allument.

 

Twenty : Comment as-tu vécu ton opération ?

 

- Pierre Ménès : J’ai vécu tout ça avec énormément de fatalisme, j’étais malade, j’étais malade… Je me voyais décliner de jours en jours. Quand j’ai été opéré, il ne me restait que quelques jours à vivre. Je me suis beaucoup battu pour revenir. Dès mon réveil, je m’étais dit que je reprendrai l’émission dans trois mois, je l’ai reprise au bout de trois mois et demi. J’ai dis que je rejouerai au tennis au bout de six mois, j’ai rejoué au bout de six mois et demi. Ça fait neuf mois que j’ai été greffé, il faut un an pour être guéri, a priori. Il me reste donc trois mois. Je suis en passe de retrouver mes facultés à me déplacer. Parce-qu’il faut savoir que je suis resté quatre mois couché ou en fauteuil roulant, et ça, ça ne se gomme pas du jour au lendemain.

 
« Je ne souhaitais pas repasser à la télé …. je voulais simplement retrouver ma place. »

 

Twenty : Le retour a-t-il été difficile ?

 

Pierre Ménès : Non, je ne pensais qu’à ça. Je ne regardais plus l’émission. Mon moteur numéro 1 était de revenir au CFC. Je ne souhaitais pas repasser à la télé …. je voulais simplement retrouver ma place. Lorsque l’on a repris l’émission en août, j’ai reçu beaucoup de messages me disant que ça faisait plaisir de me revoir en forme, de me retrouver. Lorsque je suis revenu, c’est la tête qui me tenait, la motivation. Je n’ai pas encore retrouvé la grande forme mais je vais revenir au top, comme avant.

 

Twenty : Ta famille, ton foyer sont donc ton socle, ce qui t’as permis de tenir …

 

Pierre Ménès : Oui. Si je n’avais pas eu Mélissa (sa compagne), je ne serais plus là aujourd’hui. Ca l’énerve quand je dis ça, parce qu’elle trouve qu’elle fait, entre guillemets, son devoir. Elle m’a gardé jusqu’au bout, je n’ai pas été hospitalisé avant la greffe. Je suis parti de chez moi à quatre heures du matin pour être greffé à quatre heures de l’après-midi. C’était un gros risque, et elle a fait ça pour moi. Elle a tout accepté, tout enduré. Au sens propre comme au sens figuré. Au-delà de l’amour que je lui porte, je lui voue une reconnaissance éternelle. Je ne peux rien lui dire d’autre, à part merci.

  

Twenty : Et tes enfants ?

 

Pierre Ménès : Ma fille est partie vivre à Lille, elle est styliste bébé pour La Redoute. Elle habite à 200 bornes de chez moi, elle a beaucoup de travail, donc je n’ai pu la voir que quelques fois. On se parle plus au téléphone, qu’autre chose. Mon fils, a un caractère plus fragile. C’était curieux, il était entre le déni, et la sur-inquiétude. C’était toujours une schizophrénie entre les deux. Il a vécu une mauvaise période au niveau personnel, en plus de ma maladie, ce qui fait qu’il a, lui aussi, passé des mois difficiles.

 

« Je souhaite bien signer une ou deux pubs pour la Coupe du Monde en 2018. Et ceux à qui ça ne plaira pas, je les emmerde. »

 

Twenty : Ça ne te dérange pas de faire de la pub ?

 

Pierre Ménès : Je ne pense pas que faire de la pub représente un risque. Si se déguiser en chat est risqué, je confirme que l’on est dans un pays où l’on ne peut plus rien faire. On ne m’a pas forcé, on m’a proposé de faire cette pub et j’ai trouvé ça marrant et décalé. C’était sympa, on a tourné ça en Afrique du Sud. J’aimerais savoir si on fait les mêmes réflexions à Antoine Griezmann qui en fait pour à peu près tout ce qui existe sur la planète. Les stars n’ont pas besoin de pognon, alors que moi, si. Je n’en ferai pas pour KFC ou Coca-Cola par exemple, mais je pourrais en faire pour de la moutarde, parce que ce n’est pas mauvais pour ma maladie. J’ai déjà refusé des pubs pour des marques que je n’avais pas envie de défendre. Egalement lorsque je suis déjà sous contrat avec la concurrence, comme pour les paris sportifs. Je suis régulièrement sollicité par d’autres sites que celui qui m’emploie, mais je suis plutôt un fidèle, moi. Je suis en contact avec des marques automobiles, de télé, c’est positif. Je souhaite bien signer une ou deux pubs pour la Coupe du Monde en 2018. Et ceux à qui ça ne plaira pas, je les emmerde. Il ne faut pas être faux-cul, depuis que j’ai été greffé, ma popularité explose, je viens d’atteindre les deux millions d’abonnés sur Twitter.

 

Twenty : Quelles sont les personnalités les plus marquantes que tu as eu l’occasion de rencontrer ?

 

Pierre Ménès : Thierry Henry, Pierre Lescure, Vincent Bolloré. Quand je vois toutes les saloperies que l’on raconte sur Vincent, et que je vois l’attitude qu’il a eu avec moi pendant ma maladie, et qu’il a encore aujourd’hui… Quand je vois sa bienveillance, je me dis, que de deux choses l’une, soit j’ai énormément de chance, soit l’image que l’on véhicule de lui n’est pas la bonne. Tu es avec lui, ou tu es contre lui. Tu fais partie de sa famille, ou non. A partir du moment où il considère que tu es de sa famille, il te fait confiance. Ça fait maintenant 10 ans que j’ai ma chronique sur CNews, je suis breton comme lui, je fais partie de son cercle. C’est quelqu’un de loyal, fidèle. Je pense aussi à Roger Federer, qui est mon idole absolue. Je lui ai parlé 30 secondes. Il est venu me voir à Bercy et m’a dit : « ah, vous êtes là ». J’ai fait beaucoup d’articles sur lui dans la presse suisse, je pense être estampillé supporter numéro 1 de Roger en France. Roger, c’est tout ce que j’aime. Son jeu, sa classe. Le mec a 36 ans et vient de remporter un Grand Chelem …. respect. Il s’était arrêté six mois, normalement lorsque tu t’arrêtes autant de temps, qui plus est à cet âge-là, tu ne reviens pas. Ou alors tu retombes au-delà de la 100ème place mondiale. Il travaille beaucoup et très intelligemment.

 

 Twenty : Le mot de la fin ?

 

 Pierre Ménès : Je ne vais pas être très original, je vais parler du don d’organes, parce que c’est ça qui m’a sauvé. Il existe encore trop de familles de défunts qui s’opposent au don d’organes, au dernier moment. Lorsque que la famille s’y oppose, elle a gain de cause. Le don n’est automatique que s’il n’y a pas d’opposition. Mais il faut comprendre que la mort donne la vie. La personne qui est décédée et m’a donné ses organes, si elle ne l’avait pas permis, serait morte de la même façon. Il y aurait eu deux morts à la place d’un. Même si ce que je viens de dire est plus facile à penser dans ma position que pour quelqu’un qui vient de perdre un proche.

 

 

 

Propos recueillis par Esteban De Azevedo, 20 ans

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