Samia Ziadi : "je crois en ce monde nouveau"

Twenty a rencontré Samia Ziadi, artiste touche à tout, pour parler mode, art, création et responsabilité à l'heure du déconfinement.
14/05/2020

 

TWENTY : Comment l’envie de créer est venue ?

Samia Ziadi : Au départ j’étais peintre en lettre et j’ai aussi fait des stages en cinéma. Mais le vêtement  a toujours fait partie de moi. Je suis autodidacte. J’ai tout de même suivi une courte formation de modélisme / patronage  pour avoir les techniques et compétences requises avant de me lancer.

 

TWENTY : A travers la robe migrant dans la vidéo performance Prophète ou encore la robe de la République : quels sont les principaux messages que tu veux faire passer ? D’ailleurs, tu en viens à dire « La république c’est mon projet », c’est quoi la République d’après toi ?

Samia Ziadi : Tout part de mots que j’entends, que l’on ne comprend pas entre amis, qui font même peur à certains d’entre nous. C’est le cas pour la robe Migrant, on en entend parler de partout, à tort et à travers « migrants, migrants, migrants.. ». Joindre le terme à cette tenue de sport donne lieu à un drapeau universel.  Finalement c’est un questionnement sur les termes : qu’est ce que c’est la République ? qu’est ce que c’est qu’être / qu’un migrant ? Je pense que la République c’est pas seulement pas moi, c’est toi, ta mère, ta cousine, c’est tout le monde.

 

TWENTY : La particularité de ton travail c’est aussi les mises en scène que tu montes de toutes pièces: dans la rue, au sommet d’un immeuble.. Quel lien la création entretient-elle avec sa disposition dans l’espace ? 

Samia Ziadi : La création est indissociable de son espace dans lequel elle s’exprime. C’est un tout. La création s’y déploie, la rue l’embellit et complète son sens.

 

TWENTY : Quelles sont les sources dans lesquelles tu puises pour créer ? 

Samia Ziadi : Mes inspirations viennent de ce qui m’entoure, de la rue, de l’actualité. Je puise dans mes origines culturelles et sociales - franco algérienne, originaire d’un milieu populaire. Je me nourris plus précisément des ressources de ma ville cosmopolite qu’est Marseille. De là, j’assemble de t-shirts déjà portés, et je les présente rassemblés comme si on se redonnait la main. C’est un clin d’œil à la jeunesse : c’est l’avenir, la force et la lumière.

 

TWENTY : Tu te distingues plutôt en tant qu'artiste plasticienne, ou en tant créatrice de mode ou les 2 à la fois ?

Samia Ziadi : Maintenant on  touche à tout [génération de « créateurs » / « artistes »]. On tend plutôt vers une pluridisciplinarité. Je pense que cela reflète une forme d’autonomie de la jeunesse. Je m’identifie ni comme artiste - artiste c’est quand même quelqu’un qui fait de grandes choses - ni comme créatrice de mode. Je moule le vêtement sur la personne, je travaille de manière très rigoureuse. Du coup je me représente plutôt comme une ouvrière : je fais, je fabrique, je crée.

 

TWENTY : Si tu devais définir ton univers en quelques mots ?

Samia Ziadi : En quelques mots ce serait : créer des choses avec authenticité, avec ce que l’on a, créer le plus intelligemment possible.

 

TWENTY :  « Anti-fashion », c'est quoi exactement ? 

Samia Ziadi : « Anti-fashion » c’est pas véritablement ma revendication, mais plus celle que l’on m’attribue.. C’est une tendance qui est suivie depuis pas mal de temps et par beaucoup de créateurs : recyclage & upcycling. Si le terme renvoie à repenser autrement, alors oui on peut dire que je m’y inscris d’une certaine manière. C’est assez symptomatique de notre génération et de notre époque.

 

TWENTY : En cette période de crise sanitaire (confinement), la mode est confrontée à des interrogations : son rôle en société, son impact et son éthique. Comment imaginez vous l'avenir de ce monde ? Que pourriez proposer pour la repenser ?

Samia Ziadi : J’imagine un monde où on recréerait les choses avec plus de respect, privilégierait le travail d’atelier, et délaisserait la production de masse. Je pense qu’il ne faut pas créer pour créer et être raisonnable. Plus de sens, en petite quantité.

 

TWENTY : Comment tu t’occupes pendant ce confinement ? Comment tu t’es occupée pendant le confinement ?

Samia Ziadi : Je crée, j’écris autour de ça.. C’est un vrai chamboulement ce qu’il se passe. Ca met l'accent sur les choses qui nous font peur. Il y a un rapport au temps qui déstabilise, mais le silence fait partie de mon travail.

 

TWENTY : Quel serait le titre de ton journal de confinement si tu devais en écrire un ? 

Samia Ziadi : Il serait sans titre.

 

TWENTY : Les activités en société commencent à reprendre petit à petit depuis le déconfinement partiel du 11 mai. As tu prévu des choses particulières à faire ? 

Samia Ziadi : Le confinement, en toute sincérité, je le vis très bien. Je le dis avec de grands yeux, sans retenue. Après ce chaos, on va repartir sur quelque chose de très intéressant : rejet de certaines choses, prise de conscience... Je crois en ce monde nouveau. Mais je n’ai rien prévu de spécial pour le fameux déconfinement.

 

Par Amel Mejdoub

 

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