SCH, baron noir

À l’occasion de la sortie de son troisième album intitulé JVLIVS, nous avons eu la chance de nous entretenir avec SCH aka Julien Scharwzer. Portrait de l’unique mafieux napolitain de l’hexagone.
21/01/2019

 

Des cheveux mi-longs soigneusement plaqués en arrière, attachés par un élastique. De l’or partout. Sur les bagues, la montre, les oreilles, et même les lunettes. Un col roulé noir impeccable, dissimulé sous un cuir camel ou un trenchOn reconnaît facilement SCH grâce à quelques attributs physique clés, indissociables du personnage. Un air de Tony Montana qu’il cultive, même si il préfère ne pas l’avouer : « je n’ai jamais dit que je voulais ressembler à un voyou italien. Cette esthétique, c’est mon mood, mon lifestyle, c’est ce qui me plaît. À la place, je préfère me définir comme méditerranéen ».

 

Sa passion pour le pays de Dante remonte à son enfance, à l’époque où son père écoutait Umberto Tozzi et Toto Cutugno - la crème de la variété italienne. « L’Italie, culturellement parlant, a un potentiel exportateur supérieur à celui de la France. Sûrement à cause de la langue, qui est plus musicale. » C’est d’ailleurs pour ça qu’il sera l’un des premiers à travailler avec le désormais célèbre rappeur italien Sferra Ebbasta : « Je suis super heureux d’avoir été précurseur le concernant. Je suis très fier de lui. »

 

 

Si la dégaine d’SCH sent bon la mer et les pasta al dente, sa musique, elle, a plutôt l’odeur des chrysanthèmes. Il y avait bien eu quelques touches d’éclaircies dans l’album Deo Favente, (Day Date, Temps mort, Météore...) mais la mort en 2017 de son père Otto a eu pour effet de recouvrir d’un voile noir chaque note de JVLIVS. « J’ai toujours considéré qu’une musique triste et grise dégage plus d’émotion. » C’est donc comme ça qu’on se retrouve avec des morceaux imprégnés de mélancolie (comme Tokarev ou J’t’en prie) qui, à chaque écoute, donne envie de se défenestrer du premier étage. La mort des proches, le deuil, le temps qui passe et  la solitude sont ses thèmes de prédilection : « Je prends plaisir à faire réfléchir les gens, je veux qu’ils se posent des questions. »

 

Son style – vestimentaire comme musical – dénote avec l’ensemble du rap game français. Il affirme que c’est une « volonté » de sa part de se démarquer : « aujourd’hui ceux qui vendent le plus, c’est ceux qui ont une vraie personnalité ! D’ailleurs, jamais personne n’a réussi à me parodier ». Personne, sauf Maskey qui avait réalisé en 2016 un tuto pour faire du SCH en cinq étapes ? « La vidéo de Maskey, c’est de bon goût, c’est charmant. Mais c’est très loin d’être du S. »

 

« J’étais manutentionnaire dans les fruits et les légumes : je me disais tous les matins "putain se lever pour 1200€ c’est insultant" »
 

Mais SCH n’a pas toujours été ce personnage exubérant et un poil bling-bling qu’on connait. Né à Marseille, il déménage à 10 ans en banlieue, à Aubagne : « c’est très diffèrent de Marseille. » Il grandit entre la plage, la cité phocéenne et sa ville. « On regardait tout de loin. Gamin, je ne suis jamais allé à un concert par exemple. Mais je garde un bon souvenir de mon enfance. »

 

 

Issu d’une famille modeste, on comprend vite que l’ascension sociale est quelque chose d’important pour lui. « On passe d’XP à Vista, du légal ou létal » ou « J’dors dans un king size, j’dormais sur un BZ » : « J’irai pas jusqu’à dire que j’ai été traumatisé par la pauvreté, mais j’avoue que je rêvais d’une vie dans laquelle je suis plus aisé. En tout cas, je ne vais pas me plaindre d’avoir dormi sur un BZ : certains dorment par terre. » Ces revendications sociales transparaissent au fil de la discussion, et rappelle la plus connue – et la plus polémique – de ses punchlines : « se lever pour 1200 c’est insultant ». Parce qu’avant de percer dans le rap, SCH portait des palettes de 7h à 17h et gagnait l’équivalent d’un SMIC par mois. "J’étais manutentionnaire dans les fruits et les légumes : je me disais tous les matins "putain se lever pour 1200€ c’est insultant". Cette phrase ne dénigre pas, elle met juste en avant les inégalités salariales. "Tu fais quoi avec un SMIC en France ? Rien." Pour fuir cette réalité, Julien devient Schneider à 15 ans, puis SCH quelques années plus tard. Il montera de toute pièce un personnage froid, noir, limite cinématographique.

 

Quand on lui demande, pour conclure, si il a un petit mot à passer au SCH d’il y a cinq ans (celui qui s’appelait Schneider, qui postait des freestyles en 480dpi sur Youtube et qui dormait sur un BZ), il répond en rigolant « Ne signe rien et prend un putain d’avocat ! » Le mot de la fin.

 

Date clés :

6 avril 1993 : naissance à Marseille

Novembre 2015 : sortie de la mixtape A7

Mai 2016 : sortie de son premier album, Anarchie

Octobre 2018: sortie de JVLIVS

31 janvier 2019 : concert à l’Olympia

 

 

Par Lydia Menez

 

Crédit photos : Fifou 

https://www.instagram.com/misterfifou/?hl=fr

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