Thierry Moreau, l'interview #1 "La télé, ça peut s'arrêter du jour au lendemain"

Figure légendaire de TPMP, Thierry Moreau a quitté en mai dernier cette grande famille dysfonctionnelle qu'il continue aujourd'hui d'adouber. De son expérience cathodique à ses années Matignon, l'homme de Télé 7 jours se révèle comme jamais pour Twenty !
12/07/2017

 

 

Thierry Moreau, directeur de la rédaction de Télé 7 Jours est connu du grand public pour avoir fait partie de l’émission à succès de Cyril Hanouna, Touche Pas A Mon Poste. Son départ brutal, il y a quelques semaines maintenant, aura pris tout le monde de court. J’ai pu discuter longuement avec lui de divers sujets. Nous avons parlé de Touche Pas A Mon Poste, évidemment. Mais aussi, et surtout, de l’homme derrière le personnage télévisuel. Il est question de média, de télévision, de presse, de politique et même d’art.

 

 

Twenty : Tu peux te présenter ?

Thierry Moreau : Je suis Thierry Moreau, ancien chroniqueur de l’émission Touche Pas à Mon Poste et directeur de la rédaction de Télé 7 Jours.

 

Twenty : Comment finit-on rédacteur en chef d’un magazine comme Télé 7 jours ?

Thierry Moreau : C’est arrivé un peu par hasard. J’ai toujours aimé la télé. Je la regarde beaucoup, plusieurs heures par jour, souvent la nuit et en replay. Je suis passé par un certain nombre de secteurs de la presse. Ma carrière s’est construite au fil des opportunités. J’ai commencé dans la presse avec Christian Blachas (Culture Pub), la déco, puis la presse people, et même voiture. J’étais déjà dans le groupe Lagardère Active depuis plusieurs années. Le patron de Télé 7 Jours de l’époque étant sur le départ, j’ai candidaté et j’ai bénéficié d’une promo interne. J’ai passé davantage de temps dans le people qu’ailleurs. Au niveau de mon parcours scolaire, j’ai un bac A1, une filière qui n’a pas duré longtemps. A l’époque, la philo et les maths avaient le même coefficient. Mes parents étant plutôt scientifiques, j’ai fait un cursus C. J’étais un peu flemmard, je ne bossais pas beaucoup, donc j’ai redoublé ma première et ma terminale. A un moment donné, mon père m’a dit : « là il faut vraiment avoir le bac », donc je l’ai eu. Déjà âgé de 20 ans, j’ai opté pour un cursus court. J’étais familiarisé au secteur de la presse avec Presse Océan et Ouest France, j’aimais aller à la rédaction du journal du coin. Puis j’ai fait un DUT de journalisme à Bordeaux et j’ai été reçu au concours. C’était assez difficile, dans la mesure où il y avait beaucoup de candidats. J’ai présenté un mémoire sur l’importance que prend un dessin politique en fonction de l’orientation du média, droite ou gauche. Jacques Faizant travaillait pour Le Figaro, Plantu pour Le Monde. Je montrais comment, à travers le traitement d’un même évènement, un dessin de presse pouvait avoir une signification politique différenciée. Quant à la radio, j’ai commencé pendant mon DUT, d’abord à Radio France Bordeaux Gironde, puis à Radio France Loire Océan à Nantes. Je suis vendéen d’origine et j’ai fait mes études à Bordeaux. Je faisais en sorte de trouver des stages près de chez mes parents, je vivais donc entre les deux. La radio me plaisait, même si je n’ai pas eu l’occasion d’en faire beaucoup. J’ai évidemment participé aux radios libres en 1980-81, qui étaient illégales. J’ai ensuite pu observer l’émergence de toutes les radios libres. J’avais une radio locale, c’était de la folie. On n’imagine pas ce que c’est aujourd’hui, mais il y avait très peu de chaînes de radio à l’époque. C’était des moments extraordinaires.

 

"TPMP, c’était un petit plateau, l'on ne savait pas où l'on allait".

 

Twenty : Comment as-tu eu l’opportunité d’intégrer l’émission TPMP ?

Thierry Moreau : C’est arrivé en deux temps, j’avais déjà fait quelques émission de télé, lorsque j’étais chef des infos à Voici. Mon rédacteur en chef n’aimait pas aller y défendre le journal, c’est donc moi qui allait « prendre les coups » en quelque sorte. Je représentais Voici, qui était très décrié, c’était un journal plus hard qu’aujourd’hui. J’ai donc été sur les plateaux de Delarue, de Dechavanne, toutes les émissions du moment. C’était plutôt sympathique, je me faisais souvent étriller mais j’aimais un peu ça, j’essayais de convaincre les gens qu’il n’y avait pas mort d’homme … Ensuite, quand je suis devenu patron de Télé 7 Jours, j’ai participé à l’émission Pif Paf avec Philippe Vandel sur Paris Première. Il était l’animateur principal de ce Talk, on recevait un invité avec 4-5 représentants des hebdos télé, comme Télé Star, Télé Loisirs, Télé Poche … Je représentais Télé 7 évidemment. L’ambiance était sérieuse, il n’y avait pas du tout de déconne, c’était un peu intello, mais cela convenait bien à la chaine et le programme fonctionnait. Il y a maintenant 7 ans, en 2010, j’ai eu un coup de fil de Cyril Hanouna … Il m’a demandé si j’étais intéressé par le casting d’un nouveau concept qu’il lançait sur France 4. J’ai accepté. Entre 30 et 40 personnes ont passé le casting, en une après-midi. Les gens venaient d’horizons différents, pas uniquement de la presse écrite. Le critère de sélection, c’était la personnalité avant tout. C’était un petit plateau, l'on ne savait pas l'où on allait. C’était compliqué de parler de télé de manière un peu divertissante. C’était un vrai pari. Lorsque j’ai annoncé à Paris Première que je tentais l’aventure sur France 4, on me disait que j’étais fou, que j’avais la chance d’être dans une émission installée et qui durait depuis 3 ans, que j’allais me retrouver avec un type qui, à ce moment-là, n’avait pas fait grand chose. Mais j’ai trouvé les propos de Cyril sympathiques, et l’idée de faire passer les médias de manière moins chiante tout en déconnant un peu m’avait plu. Nous avons commencé le 1er avril 2010, et ce qui est drôle c’est que Pif paf s’est arrêté à la fin de cette même année.

 

Twenty : Et si Pif paf avait été moins sérieux, serais-tu quand même parti ?

Thierry Moreau : Comme Pif paf ronronnait un peu, j’y serais allé quoi qu’il arrive. Je trouve ça très excitant d’être présent au lancement d’une émission ou d’un magazine. Cela m’est arrivé deux ou trois fois dans ma vie. J’ai travaillé avec Ardisson au lancement d’Interview, par exemple, quand il avait racheté la marque. Ce n’était pas le magazine que l'on connaît aujourd’hui, mais une revue composée uniquement d’interviews. Ça se voulait le pendant français du Interview américain d’Andy Warhol.

 

Twenty : Comment se sont passés les débuts de TPMP ?

Thierry Moreau : TPMP était une sorte d’ovni, on ne rassemblait pas grand monde, à peine 250 000 téléspectateurs. Le programme s’est petit à petit installé comme rendez-vous de deuxième partie de soirée, le jeudi. Avec de la déconne, mais aussi des médias et des infos, on posait beaucoup de questions aux invités. Ensuite, les choses ont évoluées, c’est devenu un show. Cyril a pris de l’ampleur et nous aussi d’ailleurs. Le passage en quotidienne a été un moment important, je n’y croyais pas au début. Franchement, je me demandais comment trouver suffisamment de matière pour parler de télévision tous les jours. Et ce qu’on a greffé au concept, du show, des jeux, du divertissement, a rendu l’émission énorme. Le passage sur C8 a tout changé.

 

Twenty : Tes motivations pour intégrer le programme étaient-elles davantage humaines ou professionnelles ?

Thierry Moreau : C’est une bonne question, sans doute un peu des deux. Ce n’était pas immédiatement professionnel, vu que j’avais Télé 7 Jours, c’est d’ailleurs ce que j’ai dit lorsque je suis parti. La télé c’est plus du fun, je l’ai toujours dit. Je suis parti parce que je ne m’amusais plus. Je m’étais un peu usé au bout de 7 ans. Je ne voulais pas que le fait que je sois moins bon, moins dans le fun, rejaillisse sur l’émission. Il ne fallait pas que cela se voit à l’écran. J’ai préféré m’en aller au moment où nous étions au top. Je ne pouvais pas y faire beaucoup plus que ce que j’y avais déjà fait. Lorsque j’étais à TPMP, j’ai participé à l’émission de Julien Courbet « Seriez-vous un bon expert ? », qui était un jeu dans lequel j’étais expert média. Il y avait différents experts, une en cuisine, un en médecine … Le candidat répondait à des questions et nous étions là pour donner une petite anecdote à chaque fois, en fonction de la réponse. J’ai toujours été intéressé par les mécaniques d’une émission, pouvoir les observer de l’intérieur. Faire deux heures de direct tous les jours aura été une aventure incroyable. On ne s’en rend pas compte vu de l’extérieur mais c’était génial à vivre. Ce qui me fascine dans ce programme, c’est que l'on sait quand il commence mais l'on ne sait jamais quand il va se terminer. Cyril peut tout faire, monter dans les étages, aller à TF1, rendre l’antenne, la garder … J’avais la sensation de vivre quelque chose d’unique à la télévision. Il a aussi cassé les codes du prime. Avant lui, il y avait un access puis un prime. Lui, a commencé en finissant à 20h et n’a cessé de repousser l’heure de fin, jusqu’à 21h15. Ce concept a été beaucoup copié, plus d’un ont essayé de constituer des bandes, de parler de télé à la télé, d’être en access. Sans succès.

 

"À la télé, on est forcément un personnage"

 

Twenty : Comment as-tu vécu ton passage de la presse traditionnelle à un show télévisé comme Touche Pas A Mon Poste ?

Thierry Moreau : C’est deux jobs vraiment différents, il n’est pas question d’un passage de l’un à l’autre pour moi. Ce que je fais à Télé 7 jours, qui reste un média important pour les lecteurs, est incroyable. Il y a quand même aujourd’hui près d’1,2 millions de personnes qui mettent 1,10 euros pour acheter Télé 7 Jours chaque semaine.

 

Twenty : Personnellement, je me contente de consulter l’appli. Vous pensez que les jeunes liront un jour Télé 7 jours ?

Thierry Moreau : Tu es un digital natif, comme mes enfants. Vous ne regarderez jamais Télé 7 Jours, mais je pense que ce comportement peut changer en vieillissant, lorsque l’on s’installe en famille. Certains se mettent à lire le programme à ce moment-là. Les jeux, comme les mots-croisés, sont importants, mais l’essentiel se trouve dans la préconisation. C’est ce dont nous nous sommes aperçus au travers de nos enquêtes auprès des lecteurs. Les grilles ne sont pas ce que les gens recherchent d’abord en achetant Télé 7 Jours. Pour en revenir aux jeunes, ils savent très exactement ce qu’ils veulent et vont directement le chercher, ils peuvent avoir suivi des recommandations d’amis, de réseaux sociaux, de communautés ou de la presse. Mais beaucoup de gens se retrouvent perdus entre toutes les chaînes et ne savent pas quoi choisir. C’est à ce moment-là que l’on joue notre rôle.

 

Twenty : Et pour ce qui est de la télé ?

Thierry Moreau : La télé, c’est complètement différent, c’est un show, on est un personnage. On ne s’en rend pas compte au début, mais au fil des années, on s’en crée un, inévitablement. Deux jobs différents donc, qui ne font pas appel aux mêmes ressors de plaisir.

 

Twenty : Pourquoi apprécies-tu tant la radio ?

Thierry Moreau : J’aime beaucoup ça, effectivement. Un été, il y a cinq ans, j’ai remplacé Jean-Marc Morandini. Je trouve que la radio est le média qui permet le plus de proximité avec les gens. Tu n’es séparé des auditeurs que par un micro et un fil. A la télé, il est toujours possible de tricher, de maquiller, ce qui est impossible à la radio. C’est très difficile de masquer une voix. J’ai une préférence pour la radio, même si je n’y interviens que très rarement.

 

"Beaucoup m’appellent Titi, mais je n’aime pas ça"

 

Twenty : Un projet de « TPMP Radio Show » a-t-il été à l’étude par exemple ?

Thierry Moreau : Cyril a essayé de faire son émission sur Europe 1. Le problème c’est qu’il était dans une configuration très difficile. Il est arrivé à la place de Ruquier qui était parti avec une partie de son public, il s’était associé à une marque forte comme Les Grosses Têtes. C’était la terre brûlée, très difficile de reconstruire donc. Cela restera la seule expérience avec une bande qui parlait d’actu, de télé … Je ne sais pas si cela serait envisageable parce-que TPMP a un côté très visuel.

 

Twenty : Les gens ne le voient pas forcément mais TPMP est une aventure humaine, qu’est ce qu’elle t’as apporté sur ce plan-là ?

Thierry Moreau : Le regard du public a énormément changé. C’est très bizarre de se retrouver avec des gens qui, lorsque tu es dans la rue, ont l’impression de te connaitre et que tu es leur pote. On me demande souvent en ami sur les réseaux sociaux, je suis quelques fois en retour sur Twitter. Je commence même à échanger avec eux, mais ils en attendent beaucoup et ils veulent que je réponde vite … Ils ont du mal à faire le distinguo entre la personne publique et l’homme. Il n’y a plus de filtre. Lorsque que l’on rentre dans une relation un peu plus forte par le biais des réseaux sociaux, ils en demandent toujours plus. En revanche, je ne refuse jamais de prendre une photo ou de répondre à une question. C’est grâce au public que l'on est là. J’essaye de répondre aux gens sur les réseaux quand je suis seul certains soirs, mais c’est fou. Des fois je n’arrive plus à les satisfaire tellement il y a de questions. Beaucoup m’appellent Titi, mais je n’aime pas ça. Personne ne le sait, mais bon, je n’y peux rien, j’ai arrêté de lutter. J’ai peu d’amis mais je les connais depuis très longtemps et il y a quelque chose de très fusionnel entre nous. Je n’ai rencontré aucun d’entre eux sur les réseaux sociaux. A un moment donné, je passais plus de temps avec l’équipe de TPMP qu’avec mon épouse ! Quand Cyril dit que l’on est une famille, c’est un peu ça, l'on se voit tous les jours. Quand l’un de nous a un rhume, quand un autre tombe en mobylette, on le sait.

 

Twenty : Quelle image penses-tu avoir renvoyé aux jeunes ?

Thierry Moreau : C’est difficile à dire parce-que ma jeunesse a forcément été différente de celle des jeunes d’aujourd’hui. Mais mes enfants sont jeunes, ils ont entre 21 et 25 ans. J’espère avoir renvoyé une image de sincérité, de simplicité. A l’antenne, il ne fallait pas que je sois trop différent de celui que je suis dans la vraie vie. Je n’aime pas apparaître comme quelqu’un que je ne suis pas. J’ai essayé de montrer de la normalité, entre guillemets. Ce qui est très difficile, sachant que la télévision n’est pas quelque chose de normal.

 

Twenty : Que dirais-tu si je te demandais de faire un bilan de la période TPMP ?

Thierry Moreau : Cela aura été une aventure exceptionnelle, je pense que je ne revivrai pas ça professionnellement au cours de ma vie. Nous sommes partis d’une petite émission pour en faire un programme dont tout le monde parle. C’est plus calme aujourd’hui. Mais à un moment donné, il suffisait de mettre « TPMP » dans une brève sur Internet pour que les gens cliquent. Moi, journaliste de presse écrite, inconnu du grand public, je me retrouve à être sur la scène de l’Olympia et faire un sketch pendant 3 minutes. J’étais coaché par Jean Luc Lemoine, devant 2000 personnes, qui en plus, m’étaient acquises … Et tout ça grâce à la télévision. C’était extraordinaire, sur la scène de l’Olympia ! On m’aurait dit ça trois ans avant j’aurais répondu « vous êtes des malades » (grand sourire). Ces sept années auront été exceptionnelles, je ne renie rien. Aucun regret. Et aucun regret non plus d’être parti.

 

 

Si vous voulez en savoir plus sur les raisons de son départ de TPMP, la vérité des relations entre les chroniqueurs, son expérience à Matignon et à Voici, et bien d’autres choses. Rendez-vous demain, pour la deuxième partie, de notre grande interview de Thierry Moreau !

 

Par Esteban De Azevedo, 20 ans, téléspectateur lucide.

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