Twenty crush : Nynna Lamalle, 20 ans, créatrice de mode en herbe

Nynna Lamalle, 20 ans, étudie la mode au Canada. De retour en France, Twenty l'a rencontrée, pour aborder son parcours et surtout, sa passion, la mode, qu’elle (ré)invente en s'inspirant des cultures caribéennes et africaines. Rencontre.
08/07/2017

 

 

TWENTY : Pourquoi étudier à Montréal ?

À l'origine, j'étudiais en France au Lycée Jean Zay d'Aulnay sous bois, je passais mon bac ES. J'ai toujours été intéressée par la mode. J'ai commencé à dessiner à 7 ans, si mes souvenirs sont bons. J'étais intéressée par l'art et le dessin, et je souhaitais étudier ce qui me passionnait. Je suis donc partie étudier le design de mode au Cégep Marie Victorin à Montréal. Je voulais voyager et puis j'étais un peu déçue, parce qu'en France, il fallait que je fasse plusieurs formations de trois ans pour devenir styliste-modéliste. Pendant un salon étudiant, je suis tombée sur le « cegeps » (que je connaissais déjà par ma cousine). Ce sont des établissements d'enseignement professionnels. J’ai donc postulé. C'est un diplôme complet, en 3 ans, avec une formation en design et un côté plus technique.

 

 

TWENTY : Qu’est ce qui t'as le plus (ou le moins) manqué de la France ?

Ma famille m’a le plus manqué. Au début, je me disais que ça allait être facile, mais quand les responsabilités prenaient le dessus, c'était compliqué de gérer. Et puis, la nourriture de chez moi, la Guadeloupe, et les pâtisseries françaises, m'ont bien manqués aussi … 

En revanche, le système scolaire français m’a beaucoup moins manqué. J'ai trouvé au Canada un enseignement totalement différent. J'étais vraiment étonnée, je ne m'attendais pas à ce qu’ils soient autant attentionnés. Là-bas, on t’encourage, les profs sont amicaux (on était amis, on s’encourageaient), la hiérarchie élèves/professeurs est totalement différente.

Mais le stress reste le même qu’en France, la masse de travail aussi, selon l'année dans laquelle tu étudies.

 

 

 

TWENTY : Les twenty canadiens sont donc plus cool que les twenty français ?

Les twenty canadiens ne sont ni plus cool ou moins cool que les français. C'est comme s'ils étaient deux entités différentes. Dans la société canadienne il est normal pour un jeune de 15 ans d'avoir comme ils disent 'une job', pour financer leur études leurs logements et quoique ce soit d’autre, ils sont responsables plus tôt que nous (d'ailleurs j'étais l'une des rares qui ne travaillait pas et qui avait de l'aide financière de ses parents). La relation des groupes d'étudiants est totalement différente de mon vécu en France. Littéralement tu te sens dans le monde des bisounours tellement tout le monde s'aiment. J’ai également trouvé un soutien moral et des gens qui partage ma passion et m'encourage à aimer mes créations (car comme toute bonne française je suis plutôt défaitiste). Mais sinon sur le reste, musique, style vestimentaire comme pour la France il y a des clins d'œil au modèle américain.

 

TWENTY : Parlons plus précisément de tes études. T'es tu spécialisée dans un domaine particulier ?

Mon diplôme de design mode associe l’apprentissage de dessin de style, du patronage, de la couture et l’étude des tendances. En 2e année, je pouvais entrer dans le groupe de la fourrure, mais ce domaine ne m'intéressait pas car je ne suis pas vraiment pour les pratiques. J'ai donc décidé de continuer en 3e année dans les classes normales (vêtements, prêt à porter, etc.)

J'ai achevé ces trois années par la présentation de quelques unes de mes créations au défilé du Collectif Créatif au cegep Marie Victorin. 

 

 

TWENTY : Comment décrirais tu tes créations ?

 Mes créations sont engagées. J'essaye de partager un message à travers mes dessins et le vêtement final. J'ai été vraiment touchée par le mouvement Black Lives Matter et la plupart de mes créations visent à mettre en valeur la culture noire, mais aussi les peuples offensés. Ma culture et les événements qui se produisent dans le monde sont de véritables sources d'inspirations.

D'ailleurs, ma classe le remarquait souvent et me faisait savoir que j'étais très axée sur le ‘black power’. En effet, dès le début, je me suis intéressée à l’histoire de cette culture, plus précisément aux coiffes et aux types de coiffures (tresses, nattes, vanilles, locks, etc) issues originellement des tribus d'Afrique sub-saharienne qui se sont ensuite exportées aux Caraïbes. Mon objectif est d’intégrer ma culture à la mode moderne et ainsi partager l'histoire et les racines de mes ancêtres.

 

 

TWENTY : Outre le mouvement black lives matter, quels sont les créateurs qui t'inspirent ?

J'admire le travail de beaucoup des designers de Masstige (partenariat entre une marque de fast-fashion et un grand créateur), et d’autres comme Elie Saab, Galia Lahav, Issey Miyake et Stella Jean. La musique aussi, avec les festival comme « afro-punk », ou encore l'album de Beyoncé, « Lemonade », qui m'a certainement le plus inspirée cette année. Il regroupait tout ce que j'aime : la musique, l'art, le féminisme, la poésie...  TOUT.
D’autres artistes comme Markus Prime, Banksy, Jean-Michel Basquiat, font également parti de mes inspirations au quotidien.

 

TWENTY : Tu as des projets, pour l'avenir ?

En ce moment, j’essaie d'entrer dans une licence pro en gestion de production et textile, dans une faculté en France, pour approfondir mes connaissances au niveau production, si un jour je me lance dans le milieu et que je crée ma propre marque. Au niveau pro, ce serait de me trouver un travail dans le secteur, en tant que désigner junior ou assistant désigner ou encore comme patronnière. Ainsi, je pourrais acquérir de l'expérience, approfondir mes connaissances et peu à peu gravir les échelons. Pus tard, j'aimerais créer ma marque. C'est sûr que je vais continuer à créer durant mes études.

 

 

TWENTY : Pour finir, c'est quoi pour toi avoir 20 ans ?

Selon moi avoir 20 ans c'est comme être coincée entre devenir une adulte et rester une ado, c'est vraiment complexe. On a des idées de fou mais des fois les responsabilités prennent le dessus et les opportunités de s'exprimer sont multiples. Notre génération a moins peur de s'exprimer et partager ses idées, ce qui est très important, surtout quand on utilise les plateformes qui sont à notre dispostion (twitter, Facebook, Instagram etc.). Mais avoir 20 ans c'est aussi découvrir la personne que je peux devenir et essayer de me connaître, mais aussi d'échanger avec des gens incroyables, comme mes amis de Montréal. 

L'année de mes 20 ans est la meilleure des années.

 

 

Pour retrouver son actu :

. https://mayangeline.wixsite.com/portfolio/blank-pvj6y

. https://mayangeline.wixsite.com/portfolioesp/recherches-1

 

Par Léa Ahmed, étudiante (curieuse) en sociologie

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