Coup de coeur musical : "Out of The dark" de Chine Laroche

A l’occasion de la sortie de son deuxième EP, "Out Of the Dark", Twenty a pu s’entrenir avec Chine Laroche, musicienne aux multiples talents !
10/03/2018

 

 

Pour Chine, faire de la musique, c’est un peu comme composer la BO du film de sa vie. Un arrêt sur image, à un instant T, pour transmettre l’émotion d’une période vécue, même si « ça peut paraître un peu égocentrique » selon ses propres mots. En même temps les artistes se racontent, et nous, à travers eux, nous nous retrouvons. Ainsi, cet EP a tout du récit initiatique. « Je parle de là d’où je viens. Je suis partie tôt, j’ai fait plein de petits boulots, j’ai ouvert des huitres sur l’île d’Aix, avec des marins… »Une musique qui part de tripes et qu’elle décrit elle-même comme « brute léchée », antagonisme qui lui convient bien.

 

 

 

 

Enfant, elle se voyait devenir concertiste - même si elle m’a priée de ne pas le mentionner dans l’article, par excès d'humilité sans doute. Elle a suivi un parcours classique jazz, au conservatoire, sans pour autant restreindre ses horizons musicaux. « Mes parents écoutaient de tout, ils étaient très free. Aujourd’hui, j’adore le rock, la chanson française, l’électro, mais je suis aussi une folle de trap, de gros rap US, les trucs bien lourds avec des gros subs ». Ainsi, tous les styles l’intéressent, à en juger par les influences trip hop de son EP. « Quand j’étais petite, ma prof de musique m’a initiée au blues, au jazz. Quand j’étais en primaire elle m’emmenait dans un petit bar de banlieue parisienne, le One Way, où ils jouaient du blues »Une formation riche, donc, qui lui a permis de développer une certaine virtuosité, toute propre au classique. « Le problème de la musique classique, c’est que c’est tellement fort comme émotion, que la vie semble fade à côté. C’est trop puissant, trop pur, trop intense, trop loin de ma réalité pour que j’en fasse ma seule et unique voie  ». Ainsi, aujourd’hui, elle se décrit avant tout comme un carrefour musical, un croisement d’inspirations et d’horizons diverses, « Un melting pot de culture musicale ».

 

 

 

En tant que femme, dans la musique, elle trouve que les choses ont bien évoluées, et si un homme ne la considère pas à sa juste valeur, s’impose sans l’écouter, elle a trouvé la parade idéale « tu bois des coups et tu gueules, mais tu la joues sympa pas charretière, tu essayes de frayer ton chemin ». Aujourd’hui, plus besoin d’être bonasse ou gangsta, les possibles se sont diversifiés« Des filles comme Juliette Armanet, Fishback ou Missy Eliott, ce sont des meufs qui se sont émancipées, mais il y en a moins que ce qu’il pourrait y avoir. Après, avec le temps, ça vient. Les meufs se mettent à la prod, au son… ». D’ailleurs, la prod, c’est aussi son truc. C’est elle qui gère tout, « nettoyer les pistes, faire des edits, trafiquer les sons ». Un travail qui peut se révéler fastidieux « Retourner sur les morceaux, prendre du recul, c’est un truc sur lequel je me fais violence. Je suis assez instantanée. Tout le travail, après, ça me demande plus de rigueur ». Une raison pour laquelle elle souhaite s’entourer, à l’avenir. « Cet EP, je l’ai fait dans ma chambre, c’est un EP de piaule ». Le mixage, par exemple, a été réalisé avec « un casque qui grésille à gauche ». De quoi ajouter un petit aspect « home-made » au charme de ses compositions.  Deux mois avant la sortie de l’EP, elle a toutefois intégré Rush Management et il y a un mois, on lui a offert des enceintes « c’est le type avec qui j’ai fait le clip qui me les as filées ». De quoi créer dans le confort, avec enfin un peu plus de moyens, même si on imagine que la musicienne conservera une trace de ce côté "débrouille", cette rugosité, dans ses créations prochaines. « Si t’écoutes la première piste de mon EP, tu vas voir, le son est crade. Tu ne t’en rends peut-être pas compte, mais c’est hyper sale ». Le clip du morceau « Let me Out » n’a pas dérogé à la règle, réalisé sans un sou, « à l’arrache », avec un ami, Virgile. Et pourtant, comme avec sa musique, le YOLO matériel s’inscrit dans un processus créatif bien pensé et travaillé, avec une certaine dose de virtuosité.  

 

 

Son processus créatif ? Tout part d’un premier jet, comme une évidence, qu’elle bidouille et arrange ensuite, jusqu’à ne plus trop douter « même s’il faut douter, quand tu crées ». Un mélange de « feeling » et de technique, ou plutôt un équilibre, qu’elle a su trouver. « Il faut que le truc soit homogène, qu’on puisse écouter les cinq morceaux, de manière fluide et articulée, pour donner à entendre les différentes facettes d’une seule et même personne ». Un pari réussi, l’EP étant parvenu à retranscrire une histoire, une marche vers la lumière, un cri de délivrance. « Cet EP tu peux le voir comme une soirée, une semaine, une vie... t’as la montée, puis tu planes, puis tu bad, et après, la fête est finie, ça redescend ». Des notes prisonnières, retenues, qui se rebellent, s’échappent, se perdent, se retrouvent et explosent. Un son qui oscille entre l'échappatoire du fantasme et une réalité crue, carcérale. « La vie c’est une course de fond, faut s’accrocher, faut faire son blé, surtout si t’en as pas, mais bon, prenons du recul »Un côté anxiogène qui tranche avec l’aspect « détende » et  « bon vivant » de Chine, qui avoue adorer « les arts de la table » et a tout de la « bonne copine » idéale. Franche, humble, et foncièrement sympathique, tellement cool qu’elle n’est pas sur les réseaux, préférant la vie, la vraie, celle qui vous saisit de plein fouet… un peu comme son EP.

 

 

 

 

Par Carmen Bramly, 22 ans, écrivain. 

 

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