La jeune fille et la mer

Violette Dorange, 16 ans, a déjà traversé le détroit de Gibraltar et la Manche, à bord de son Optimist, Erplast. Twenty a pu s'entretenir avec elle. Rencontre avec une jeune aventurière, qui n'a pas froid aux yeux !
10/11/2017

 

 

À seulement 16 ans, Violette Dorange est la plus jeune femme à avoir traversé le Détroit de Gibraltar. À bord de son Optimist Erplast, la jeune rochelaise a réussi son défi en seulement cinq heures et vingt sept minutes. Mais Violette n'en n'est pas à sa première expérience : elle avait déjà traversée la Manche en moins de quinze heures l'année dernière. Un remarquable parcours que celui de cette jeune fille que Twenty a voulu rencontrer...

 

 

 

 

Twenty : À l’époque où les gens vivent par procuration, comment est ce que tu as eu le courage de prendre le large ? 

Violette Dorange : J’ai toujours navigué. J'habite à la Rochelle depuis petite et j’ai eu toujours eu envie d’aller plus loin. Enfant, je tournais autour des bouées et je restais assez proche des terres. J’adore la compétition, mais j’aime aussi l’aventure et l'envie d'aller toujours plus loin, de me sentir libre. Depuis toujours, je suis certaine, enfin je l'espère, que plus tard je réaliserais un projet incroyable, comme une grande traversée ou un tour du monde. Mes deux voyages sont partis de là. Je parlais avec mon grand frère, Charles, et on se demandait « Mais pourquoi attendre d’être grand pour faire ça ? »,  alors on s’est dit qu’on allait peut être pas faire un projet aussi énorme pour l'instant, mais un projet incroyable à notre échelle.

 

Twenty : Quand tu parles de projets, tu espères créer une sorte de "Vendée Globe" made in Violette ou faire un parcours connu ? 

VD : Je ne sais pas encore, mais je veux un but. Un vrai objectif dans ma vie. Évidement, j’aimerais réaliser les deux. Une compétition comme le Vendée Globe est unique et j'ai l'esprit régatier. Et puis un tour du monde en famille, ça m’a toujours fait rêver. Tout me donne envie, même si à l’heure actuelle je suis plus axée sur un voyage comme le Vendée Globe. 

 

 

Twenty : A quel âge as tu commencé à t'entraîner ? 

VD : À 6 ans environ,  avec des stages où je faisais de l’Optimist, puis en club après que mon frère et ma soeur aient commencé. Au début, je me sentais obligée, je n’aimais pas vraiment la première année, sans savoir vraiment pourquoi. Mon père m’a dit que puisque j’étais inscrite, je me devais de finir l’année. Et à force j’ai gagné des régates et c’est parti. J’ai accroché et j’ai continué.  

 

 

Twenty : Comment est ce que tu t’es préparé au voyage ? 

VD : On a monté toute une équipe avant de partir pour ma première traversée, avec un routard météorolgue, une sophrologue qui me suit depuis près de 9 ans et une personne qui s’occupe de ma communication. C’était beaucoup plus facile pour organiser cette traversée. On a mis un an à se préparer, car c’est difficile d’avoir les autorisations, de trouver un voilier qui me suivrait derrière, et un navigateur qui allait nous aider à faire le routage. On a mis une année pour acheter le matériel aussi. 

 

 

Twenty : Est ce que tu as des modèles ? 

VD : Mon grand frère. Il s’appelle Charles et il a presque 19 ans. On se ressemble énormément, on est un peu comme des jumeaux en compétition permanente ! Gentillement bien sûr. On se compare nos nombres de médailles aussi ! Charles fait du catamaran, il a été 3 fois champion du monde chez les moins de 19 ans. Il me motive à être meilleure, pour arriver à son niveau. C’est mon grand frère, je le respecte et on s’aide ensemble. C’est un peu mon idole et je me dis que s’il y arrive, je peux y arriver aussi. 

 

 

Twenty : C'est lui qui t'as donné le goût de la voile ? 

VD : Oui, et mon père aussi. Quand nous étions petits avec ma soeur et mon frère, il nous a incités à faire un sport en rapport avec l'eau. Depuis, mon père a arrêté le sport, car il n’a plus trop le temps. Mais ma soeur et mon frère ont continués. On est un peu une famille de voileux

 

 

Twenty : Qu’est ce que représente pour toi l’image de l’homme seul sur son bateau ? 

VD : La liberté d’aller où l'on veut. C’est surtout se surpasser, parce qu’on ne peut compter sur personne. C’est l’homme face aux éléments. Ce n’est pas de la survie, mais c’est de l’aventure. 

 

 

Twenty : Tu avais un contact avec la terre ferme pendant la traversée ? 

VD : J’avais un contact avec le bateau qui me suivait et un talkie walkie. On me disait quel cap prendre, le routard m’aidait à passer à côté des cargos. Mes parents étaient sur le bateau. Mais aucun contact avec la terre ferme.

 

Twenty : Est ce qu’à un moment tu as eu peur ? 

VD : Non, c'était plutôt tranquille. On a géré la sécurité. Il y a eu des moments où passer à côté des cargos était vraiment impressionnant, c’est des immeubles sur l’eau quand même. Après, ma traversée de la Manche était plus sécurisée car il y a un rail montant et un rail descendant, là le Détroit de Gibraltar est très serré, il y en a dans tous les sens. Il fallait tout assuré pour que ça se passe correctement. Mais le but n’était pas de se mettre en danger, juste de vivre une vraie aventure. 
 

 

Twenty : Quel était ton objectif ?

VD : C’était juste de réussir mon projet, me faire plaisir et fière de moi.

 

Twenty : Tu as d’autres projets ? 

VD : Je fais du 420 depuis 3 ans. On est deux sur le bateau. Cet été avec ma coéquipière Camille Orion nous avons été sélectionnées pour faire le championnat du monde en Chine. L’année dernière nous avons fini troisième, cette fois ci on vise la médaille d'or ! L’année prochaine, Camille arrête. Je suis obligée d'arrêter à mon tour car je n’ai pas de partenaire, mais j’aimerais faire la mini-transat. C’est une compéition qui aura lieu en 2019 et qui me permettra de mettre le pied dans la course au large. 

 

 

Twenty : Est ce que tu as une anecdote concernant la traversée ? 

VD : J’en ai deux ! Il y a trois dauphins qui sont venus juste en dessus de mon bateau pendant la traversée du Détroit. Il m'était arrivé la même chose lors de ma première traversée de la Manche, les dauphins sautaient derrière moi. C’est là où on se rend compte qu’on fait quelque chose d’incroyable. À la fin de la traversée de Gibraltar j’étais un peu déçue car le voyage n'a duré que cinq heures et quelques, tandis que la traversée de la Manche en avait duré quinze. C’était trop court pour moi, je n'en n’ai pas eu assez, ça n’a pas été assez dur. Finalement, c’était un mal pour un bien car j’étais dans une phase où je devais choisir entre la course au large ou les JO, et cette traversée m’a donné le déclic. Grâce à cela j’ai fais mon choix et je sais ce dont j’ai envie : la course au large. 

 

 

Propos recueillis par Marine Sabourin, 18 ans, étudiante. 

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