Columbine : le rap breton en pole position

En se hissant dans le top 10 du Top Album, le groupe rennais Columbine a surpris tout le monde. Esteban, notre reporter mellowman les a rencontré après l'un de leur concert, l'occasion de les découvrir.
23/05/2017

 

 

Le groupe Columbine s’est fait connaître sur Internet par ses clips et ses textes soignés dans lesquels, nous les jeunes, nous reconnaissons. Le collectif a sorti le 21 avril, en indépendant, son deuxième projet Enfants terribles. Ce crew qui produit ses morceaux et ses visuels est représenté aujourd’hui par Foda C et Lujipeka.

 

 

Twenty : Pouvez-vous présenter ?

Lujipeka : Nous sommes le groupe Columbine, un collectif rennais qui fait du rap. Nous faisons partie de VMS, Société Secrète. Lui c’est Foda C et moi c’est Lujipeka. Nous faisons nos propres instrus, nous rappons et l’équipe s’occupe de la réalisation de la vidéo, Foda est aussi au montage. Nous sommes une équipe autodidacte et autoproduite.

Foda C : Nous faisons tout nous-mêmes. Nous ne le revendiquons pas mais c’est important de le dire. Nous avons 22 ans tous les deux.

Lujipeka : Nous avons notre propre label VMS, nous sommes indépendants.

 

 

Twenty : Comment on se sent quand on à 20 ans en 2017 ?

Lujipeka : Avoir 20 ans c’est comme avoir 18 ans (rires). Je ne me sens pas maltraité par rapport à mon âge.

Foda C : Nous ne voulons pas parler au nom de tout le monde, nous nous contentons de parler de nos vies. Je ne pense pas qu’avoir la vingtaine signifie que l’on a une place différente.

Lujipeka : L’âge n’est pas le facteur le plus important en fin de compte.

Foda C : Nous ne voulons pas faire de généralités, nous ne voulons pas nous exprimer au nom de toute une génération.

Lujipeka : C’est impossible de se prétendre porte-parole de la jeunesse. Savoir si l’on est écoutés ou pas, cela se joue presque au cas par cas.

Foda C : C’est normal de ne pas avoir le même crédit que quelqu’un de plus âgé. A 20 ans, tu n’as rien vécu. Les jeunes d’aujourd’hui seront écoutés plus tard.

 

 

Twenty : Quelle est votre vision du travail et de la réussite ?

Foda C: Il ne faut pas attendre qu’on te soutienne pour avoir des projets. Il faut apprendre à faire les choses par soi-même et ne pas compter sur la validation d’untel ou untel. Une validation te colle à la peau toute ta carrière. Si tu es bon tu réussiras.

Lujipeka : C’est le travail, la liberté et l’acharnement personnel qui priment. Il ne faut pas penser que la première étape est de remporter un concours ou obtenir un diplôme. Il ne faut pas avoir peur de vivre son projet à fond.

Foda C : Nous acceptons les gens tels qu’ils sont, dans leur unicité. C’est pour cela que nous avons envie de nous exprimer. C’est aussi pour cela qu’il existe autant d’individualités dans un groupe, avec une place pour chacun. Nous sommes là pour montrer des personnages, des vies, raconter des histoires.

 

 

Twenty : Quelles sont vos influences ?

Foda C : On écoute de tout. Tout ce qui se fait dans le rap, on en est dingues. Nous nous intéressons aux projets de tous les rappeurs. Des sons nous plaisent comme nous en détestons d’autres. Je suis capable de détester l’album d’un artiste alors que j’écoute en boucle un de ses sons. Nous sommes hyper curieux et je pense que c’est ce qui donne son identité à notre musique.

Lujipeka : On a de multiples influences, ce serait impossible de citer trois noms par exemple.

Foda C : Aller au-delà du rap, c’est ce que nous voulons faire. Nous nous voyons comme des musiciens.

 

 

Twenty : Vouliez-vous faire quelque chose de planant avec le morceau Enfants terribles ?

Lujipeka : C’est la prod qui nous parle, qui détermine l’ambiance d’un son.

Foda C : Il n’y a pas d’idée de départ, c’est l’instru qui te conduit à quelque chose. Quand on reçoit une prod, ce n’est pas une question de style, c’est une question d’inspiration.

Lujipeka : Nous créons un morceau petit à petit, avec la prod, le texte. Rien n’est prémédité pourtant chacun de nos sons représente beaucoup de travail.

 

 

Twenty : Quel est votre processus de création ?

Lujipeka : Nous travaillons dans nos chambres. Nous écoutons prods sur prods et quand une émotion ressort de l’une d’elles, nous nous mettons à bosser dessus.

Foda C : On voit passer plein de prods, une arrive au bon moment et provoque l’inspiration. C’est une question de mood. Les prods sont faites par tout l’équipe. Nous travaillons entre potes et il suffit que l’un d’entre nous sorte un couplet pour qu’on en fasse un morceau.

 

 

Twenty : Que signifie pour vous Enfants terribles, le nom de votre projet ?

Lujipeka : C’est vivre à fond son projet, rester concentré, ne pas s’endormir. L’enfant terrible c’est le jeune adulte. Il peut y avoir beaucoup de symboliques, nous, c’est d’être fou sur scène. On est jeunes et déjà sur scène sans se prendre la tête.

Foda C : C’est ne rien prendre au sérieux.

 

 

Twenty : Vous considérez-vous comme des mecs normaux ?

Foda C : Non, je pense qu’il n’y a personne que l’on puisse qualifier de normal. Personne ne l’est.

Lujipeka : Il n’existe pas de norme. Nous retranscrivons ce que nous sommes dans nos sons, sans trop d’artifices. Il peut y avoir de la fiction dans ce que l’on fait, mais nous créons pour faire passer des messages. Nous tenons à transmettre ce en quoi nous croyons et ce qui nous ressemble.

Foda C : C’est de l’art. Nous sommes autant des gangsters que des enfants terribles, des petits bourgeois ou des prolétaires. Nous sommes des caméléons, c’est ce qui résume l’album.

Lujipeka : On a peur de personne et on se mélange. Nous découvrons le monde, tout un tas d’horizons différents.

 

 

Twenty : Quel cursus avez-vous suivis ?

Lujipeka : Un bac général, ensuite un BTS montage pour Foda et un BTS son pour moi. Dans le monde audiovisuel donc, d’où le côté autodidacte dans ce que l’on fait.

Foda C : Mais je ne pense pas que les études apportent tant que ça. Nous avons toujours fait de la musique, du son et les cours ne nous ont rien appris. C’est ce que l’on essaye de dire dans nos sons, il ne faut pas se reposer uniquement sur l’école. Il faut savoir travailler seul chez soi et dans ce cadre là, Internet est ton meilleur ami. On a tout trouvé grâce à Internet. Certes cela représente des heures de sacrifice où tu t’isoles dans ta chambre. Un temps que tu ne passes pas en cours. Mais ce n’est que comme cela que tu peux arriver à tes fins.

Lujipeka : Il ne faut pas se dire que la musique viendra une fois ses études terminées. Il faut foncer.

Foda C : Nous passions notre temps à sécher les cours pendant notre BTS mais pourtant nous l’avons eu. Tout le monde n’a pas fait d’études dans notre collectif, nous sommes une minorité. Il y a tout type de profils chez nous.

 

 

Twenty : Parvenez-vous à vivre de la musique ?

Lujipeka : Nous en vivons maintenant, nous ne sommes pas blindés mais nous avons la possibilité de ne faire que de la musique.

 

 

 

Twenty : Au vu des différences de sonorités, les morceaux présents sur le projet ont-ils été faits à la même période ?

Lujipeka : On a commencé le projet par Enfants terribles et Rémi, qui a été fait un peu après, a suivi. Pour Rémi par exemple, le morceau a été terminé bien avant la sortie du projet mais le refrain a été fait plus tard.

Foda C : J’ai fini mon couplet trois mois après le sien…

Lujipeka : … Et j’ai fait le refrain encore trois mois plus tard. La conception du projet s’est étalée sur un an. Pour Temps électrique, nous avons fonctionné davantage à l’instinct. C’est un des derniers que nous avons enregistré, il a fusé, on l’a produit très rapidement. Notre album est très éclectique mais forme un tout homogène. Les différents thèmes se rejoignent.

 

 

Twenty : Vous êtes réputés pour vos clips, comment vous organisez-vous ?

Lujipeka : Nous nous lassons vite, nous ne voulons pas avoir deux fois le même flow et donc aucun de nos clips ne sont identiques. On touche à tout, on se nourrit de toutes nos influences…

Foda C : … Ce sont elles qui permettent de se renouveler et de kiffer sa musique. Des gens que l’on affectionne sont présents dans nos clips, on montre des lieux, des choses personnelles. Nous essayons de capter des moments de vie intéressants. Chaque clip est écrit de manière différente et lorsque l’on part tourner, c’est comme des vacances. C’est du kiff. C’est familial.

Lujipeka : On bosse en équipe.

 

 

Twenty : D’où vient la photo de la jaquette de votre projet ?

Foda C : C’est une véritable photo de mon enfance.

 

 

 

Twenty : Le beat du morceau Rémi est rapide et son refrain se rapproche même de la techno, est-ce un genre qui vous plait ?

Lujipeka : C’est moi qui ait fait la prod. Ce n’est pas forcément de la techno, c’est un mélange d’influences. Je ne me suis pas dit qu’il fallait que je fasse une prod typée techno, j’ai travaillé au feeling. J’ai trouvé que ça allait dans la continuité de la production. Il y a beaucoup de variations rythmiques dans ce morceaux, il y a des passages plus trap…

Foda C : On ne veut pas que ce que nous produisons soit à ranger dans une case. Le but n’est pas de se conformer à des principes établis pour chaque genre. On trouve la rythmique adéquate au fur et à mesure.

 

 

Twenty : Les gens se reconnaissent-ils dans vos textes ?

Foda C : Les gens se reconnaissent dans nos textes. On le voit dans les retours, les messages sur les réseaux …

Lujipeka : … C’est le reflet de notre époque aussi. Nos sons parlent aux gens.

Foda C : Si le groupe marche c’est peut-être parce-que l’on reflète ce qu’est la jeunesse.

 

 

Twenty : Talkie-walkie, un Hotline Bling à la française ?

Lujipeka : C’est un son plus léger que d’autres présents sur l’album. Plus léger certes mais Talkie-walkie c’est une histoire, il y a quelque chose de l’ordre du cinématographique dans l’âme de ce son. C’est une forme de rap et on s’y essaye.

Foda C : Cela doit sûrement venir des influences du beatmaker, Kiyane Bouliou. Le son colle à ses délires. J’avoue que le rapprochement entre ces deux morceaux est tout à fait possible.

Lujipeka : On ne nous l’a pas souvent dit. C’est drôle comme comparaison mais c’est une comparaison cool.

 

 

Twenty : Quels sont vos objectifs ?

Foda C : Continuer à faire de la meilleure musique, de meilleurs concerts, progresser.

Lujipeka : Pousser l’album au maximum, travailler sur de nouveaux sons. Nous améliorer en live.

Foda C : On pense aussi à nous poser, à structurer nos vies.

Lujipeka : Partir en vacances, bien vivre.

 

 

Par Esteban De Azevedo, 19 ans, étudiant en L.E.A.

 Photos (c) Melchior Tersen

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