Sadek : "Le rap, c'est la nouvelle variété française."

« Vulgaire, violent et ravi d’être là », c’est le nom de l’album de Sadek. Et contrairement à ce que pourrait laisser penser ce petit nom tamponné sur son disque, Sadek est un homme d’une grande jovialité. Interview
08/10/2017

 

De son nom de projet, seule demeure sa bonne humeur, car oui, Sadek est plus que ravi d’être à sa place. Le « Petit prince » du rap hexagonal manie les mots et l’humour d’une main de maître.

 

 

Twenty : Tu peux te présenter ?

 

Sadek : Je m’appelle Sadek, je suis un jeune de 27 ans qui habite dans le 93, je fais de la musique et du cinéma.

 

 

Twenty : A tout juste 20 ans, avais-tu déjà la même ambition de carrière ?

 

Sadek : J’ai toujours eu envie de faire de la musique

 

 

Twenty : Tu es vraiment le pire enfant de ta famille, comme tu le dis dans Villa ?

 

Sadek : Oui, je suis le plus turbulent. Mais je suis le plus à même de découvrir le monde.

 

 

Twenty : Es-tu un littéraire dans l’âme ?

 

Sadek : Oui. J’ai fait un Bac littéraire pour la musique. Je me suis dit que ce serait bénéfique de pouvoir lire et suivre des études en rapport avec l’écriture, ce que j’allai faire plus tard.

 

 

Twenty : Avec le recul, qu’est-ce t’auras apporté le cinéma ?

 

Sadek : Beaucoup de plaisir et une vision plus ouverte, élargie du monde.

 

 

Twenty : Comment occupes-tu ton temps libre ?

 

Sadek : J’ai très peu de temps libre, les seuls moments où je peux lire ou regarder des séries, c’est lorsque je prends l’avion, le train, ou que je suis sur la route. Les séries que j’affectionne sont Game of Thrones, Narcos, Gomorra, Peaky Blinders, ainsi que Breaking Bad et son spin off Better Call Saul. En livre, j’aime les autobiographies, mais pas les romans.

 

 

Twenty : Tu as envoyé ton album à Gérard Depardieu ?

 

Sadek : Pas encore, mais tu m’y fais penser, il faut que je le fasse. Il m’envoie ses films, donc il faut que je lui envoie mon album. (sourire)

 

 

 

Twenty : Peux-tu me raconter la petite histoire du son Petit Prince ?

 

Sadek : C’est un son que j’ai fait d’une traite. J’ai commencé à l’écrire à 1 heure du matin, et que j’ai terminé à 3 heures. Je l’ai posé de 3 à 5 heures. C’était assez rapide, instinctif. Je ne me voyais pas revenir dessus, ce n’était pas un morceau calculé. C’est juste la retranscription d’une émotion, sur l’instant.

 

 

 

Twenty : Tu peux me commenter le passage sur les migrants ?

 

Sadek : J’ai deux avis sur le sujet. Je trouve admirable qu’ils tentent de fuir et de s’en sortir, surtout avec des moyens beaucoup plus précaires que les nôtres. Ils parviennent à faire de belles choses, comme les jeunes de cité d’ailleurs. Mais je suis aussi dégoûté de la manière dont nous les traitons en France. J’ai souvent l’impression qu’ils dérangent plus qu’autre chose. Nous qui sommes issus de l’immigration, nos parents aussi dérangeaient il y a trois ou quatre générations. Nous devrions donc nous montrer plus tolérants, vu que nous avons vécu la même chose. Ils fuient la misère et la guerre, et des guerres extrêmement sanglantes. Nous devrions prendre plus de recul sur ce sujet, nous qui prônons l’égalité.

 

 

Twenty : Lorsque j’ai entendu « on roulera pas en RR en restant dans le rang », j’ai directement compris que ta vision de la réussite était basé sur le fait de prendre des risques, j’ai vu juste ?

 

Sadek : C’est exactement ça, en restant dans le rang, dans une sorte de mécanique, sans prendre de risques, sachant que la chance sourit aux audacieux, ça va être très difficile d’atteindre la Rolls-Royce, même en la louant pour un mariage.

 

 

« Je ne suis pas vraiment touché par les appréciations des uns et des autres, je sais pourquoi je fais de la musique et ça me va très bien. »
 

Twenty : J’imagine que le big up de Mouloud Achour sur Twitter t’as touché « un classique ». Quelle est ta relation avec lui ?

 

Sadek : Oui, ça fait longtemps qu’il me suit, même si je ne le connaît pas personnellement. C’est un journaliste dont j’apprécie le travail, et ça fait toujours plaisir que ton travail soit apprécié par ceux dont tu apprécies le travail. Mais je ne choisis pas qui me suit, ou qui ne le fait pas. Je fais de la musique libre d’écoute. Je ne suis pas vraiment touché par les appréciations des uns et des autres, je sais pourquoi je fais de la musique et ça me va très bien.

 

 

 

Twenty : Pourquoi avoir fait appel à Jok’air sur le morceau La Tour ?

 

Sadek : J’aime bien la façon dont il parle de baise, je trouve que ça fait très chanson française, c’est très poétique. C’est élégant ce qu’il fait, j’aime beaucoup sa musique. Je l’ai invité sur mon projet pour sublimer mon morceau. Je le trouve très très fort, tout simplement.

 

 

Marche (chanson écrite pour la B.O du film La Marche autour de la Marche pour l'égalité et contre le racisme de 1983)

 

 

Twenty :Tu en es où dans ta randonnée ?

 

Sadek : Je suis en bonne voie, et je n’ai pas encore de point de côté. (rires)

 

 

Twenty : Tu penses qu’il y a une France « à deux vitesses » ?

 

Sadek : Il y a un monde à deux vitesses, ça a toujours été comme ça. Mais tout est relatif, il t’appartient de remettre un petit coup d’accélérateur quand tu sens que tu vas moins vite que les autres. Les appréciations comme ça … je trouve ça trop facile. Ce ne sont pas forcément ceux qui étaient les meilleurs en sport quand nous étions petits qui sont devenus sportifs professionnels, par exemple. Je pense que ce sont juste le travail et ton appréciation de la vie qui font que les choses pourront évoluer pour toi, il faut rester optimiste. Même dans une cité, il peut y avoir deux vitesses différentes. C’est la volonté qui change tout. Je ne vois pas en la richesse le mal absolu, je pense qu’il y a de noblesse à être marchand. Et il n’y a aucun mal à être un bourgeois.

 

 

Twenty : La figure de ta mère semble importante pour toi, tu es proche de tes deux parents ?

 

Sadek : Bien-sûr, comme pour chaque homme. Mes parents sont toujours à mes côtés, et sont toujours ensemble, contre vents et marées (rires)

 

 

Twenty : Le rap, la nouvelle pop ?

 

Sadek : Pour moi, le rap, c’est la nouvelle variété française. La scène rap est aussi large que ne l’était la chanson française à l’époque, avec un certain nombre de sensibilités différentes, qui s’entremêlent. Dans les années 70, les jeunes écoutaient de la chanson française. La nouvelle musique de la jeunesse s’appelle le rap. On s’en rendra compte dans 20 ou 30 ans, quand on sera devenus des vieux cons. Ce sont des musiques générationnelles, au même titre que le rock ou la funk. Mais le plus remarquable avec le rap, c’est sa longévité. En règle générale, la musique d’une génération n’est d’actualité que pendant une décennie, là ça fait 40 ans que notre musique est la musique des jeunes.

 

 

Twenty : Tu penses que nous sommes en train de vivre un « âge d’or » du rap ?

 

Sadek : Oui. C'est une période très intéressante pour les auditeurs, même en termes de qualité. En ce moment, tous les albums qui sortent sont de gros albums. Peut-on encore parler d’un « album de l’année » aujourd’hui ? Le rap fait de très grosses ventes, de grosses tournées sont organisées. Tout un tas d’artistes aux univers diamétralement opposés se côtoient. On ne peut même plus dire qu’il y a un numéro 1, car il y en a un dans chaque domaine.

 

 

Twenty : Comment le vois-tu, ton public ?

 

Sadek : Comme une bande de ratés ! (rires) Mon public est très large. Une fois, je me suis fait aborder par une dame de 60 ans qui écoutait mes sons. Je ne peux pas identifier mon public, vu que les salles de concerts sont obscures, mais ils doivent être beaux. (sourire)

 

 

Twenty : Qu’y-a-t-il à venir pour toi ?

 

Sadek : J’ai beaucoup de projets en cours, du cinéma, de la musique. Je vais envoyer un nouveau projet très vite, et continuer sur cette belle lancée. J’essaye aussi de me lancer dans de petites aventures annexes, je verrais bien ce que ça donnera.

 

 

Twenty : Le mot de la fin ?

 

Sadek : Merci pour cet interview génial. (sourire)

 

 

 

Propos recueillis par Esteban De Azevedo, 20 ans. 

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